Les étrangers, boucs émissaires de la crise du logement
OPINION. La question de la pénurie de logements jouera à plein dans la campagne électorale tant le gouvernement est attentiste, redoute notre chroniqueur
Réfugiés contre locataires, nouveaux étrangers contre occupants suisses, la crise du logement qui s’aggrave dans les grandes villes du pays promet de pourrir la campagne électorale de cet automne. Populisme, relents xénophobes, offensives contre «le chaos de l’asile» et appels à stopper l’immigration européenne sont déjà à l’œuvre. Nous en avons eu un avant-goût fin février dans la commune argovienne de Windisch, où une cinquantaine de personnes ont été sommées de quitter leur logement. Le propriétaire souhaite raser les petits immeubles pour en reconstruire d’autres. Le canton espérait en profiter pour loger provisoirement des réfugiés. D’autres cas similaires avaient été signalés dans la région zurichoise. Une occasion que les dirigeants de l’UDC n’ont pas ratée. Avec la Schnapsidee (le projet saugrenu) de délocaliser la procédure d’asile hors de Suisse. «Pas de politique d’asile au détriment de la population suisse», clame l’UDC. Comme lors de la campagne électorale de 2011, l’immigration et la libre circulation des personnes sont rendues responsables de la pénurie des logements et de la hausse des loyers. Dans ce pays de locataires (70%), la question du logement devient vite un brûlot.
Même si les autres partis se gardent bien de mettre en cause le tabou de la libre circulation des personnes, il est de fait que, l’an dernier, la forte augmentation de la demande sur le marché du travail a encore renforcé la population résidente étrangère (+ 80 000 personnes). Mais la vraie raison, admet l’analyse trimestrielle de la banque Raiffeisen, c’est que bien que «la Suisse compte parmi les pays développés à la plus forte croissance, son pipeline de projets de construction est l’un des moins bien garnis». De 53 000 logements livrés en 2018, on est tombé à 43 000 en 2021. Pour Martin Neff, chef économiste de Raiffeisen, «il est midi cinq, ce n’est donc qu’une question de temps jusqu’à ce que le marché explose» avec de graves conséquences pour les locataires. Entre 2021 et 2022, le taux de vacance de logements à louer a chuté de 1,54% à 1,31%. On considère qu’il y a pénurie en dessous de 1,5%. Et la barre du 1% devrait être franchie en 2024. Avec un taux de vacance de 0,38%, Genève se place à l’avant-dernière place, juste devant Zoug, nous apprenait Le Temps récemment. Ainsi, le rythme de la construction ne suit pas celui de la croissance démographique.