Du bout du lac

Etudiants, diants, diants!

Deux cents universitaires insurgés ont fait plier le rectorat genevois sur… les émoluments d’inscription. Les petits-bourgeois ont parfois une carte d’étudiant

Quarante-huit ans après mai 1968, le vent de la révolte s’est à nouveau levé sur l’Université. C’était mercredi, à Genève. Une belle insurrection estudiantine, dans la grande tradition romantique, comme une invite à la nostalgie: couloirs occupés, slogans affûtés, frichtis de fortune et assemblées générales à rallonge, jusque tard dans la nuit. Le frisson de l’action collective et la promesse du grand soir, même sans fumée ni velours côtelé.

Ils étaient au moins deux cents selon les organisateurs, certainement un peu moins selon la police, cela va presque sans dire. Résolus à se battre, à tout donner, à ne rien lâcher, jamais. A se battre contre quoi, au fait? Les bombardements d’Alep? La montée du populisme? Le nucléaire? Les inégalités? La faim dans le monde? Pensez donc: en 2016, les étudiants ont les pieds sur terre, ils savent se concentrer sur l’essentiel.

Au rebut, Martin Luther King! Aux oubliettes, les droits civils et politiques! Loin du bal, Dany le Rouge: mercredi, cette belle jeunesse avait autrement plus important à faire que de s’agiter pour des principes. Il fallait un scandale d’une tout autre urgence pour la mobiliser, un crime tangible contre l’humanité, ficelé par un rectorat pervers et machiavélique: un émolument pour les frais d’inscription. Rendez-vous compte! Cinquante francs pour les titulaires d’un diplôme suisse, 150 francs pour un diplôme étranger. L’horreur absolue.

Dieu merci (ou serait-ce simplement le fait d’une justice immanente?), le formidable élan de contestation baptisé «Stop La Hausse» a eu raison de cette infamie. Au terme d’une négociation à couteaux tirés, le rectorat a plié vers minuit, décidant de suspendre sa mesure abjecte jusqu’à nouvel ordre. Victoire pour les étudiants, larmes et allégresse. «Sous les pavés, la plage» restera un vœu pieu, «Il est interdit d’interdire» jaunit sur les affiches, mais «Stop la Hausse» a triomphé. C’est beau.

Que diront les livres d’Histoire de cet épisode héroïque? Retiendront-ils le temps record qu’il aura fallu au rectorat pour battre en retraite ou le courage de ces étudiants prêts à tout, avant-garde d’une génération concernée et engagée? J’ose prendre un pari: les livres d’Histoire ne retiendront rien du tout. Parce que les livres d’Histoire n’ont jamais beaucoup aimé les petits-bourgeois. Même quand ils ont une carte d’étudiant.

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