Revue de presse

Euro 2016: tous ces buts en fin de match, ça s’explique

Au bout du suspense. La bascule des scores dans les dernières minutes, ça use les nerfs des spectateurs. Mais il y a des raisons à cela

A devenir vraiment nerveux… A qui aura-t-il échappé que cet Eurofoot marque déjà les esprits par ses tirs au but, cadrés et efficaces, au-delà de la 85e minute, au moment où les jeux semblent déjà faits, les matchs «pliés», qu’on a presque crié victoire ou ravalé sa rage? La tension, d’ailleurs, peut être augmentée par «le spoil le plus redouté de tous les fans de foot», selon 20 minutes France: «Entendre ses voisins beugler pour célébrer un but… avant de l’avoir vu passer sur son propre écran.» Car hélas, la vie étant injuste, il y a souvent un léger décalage «entre les différentes chaînes et/ou applications qui diffusent les rencontres».

Il suffit de revoir la fin de France-Albanie pour se convaincre de l’effet «jusqu’au bout du suspense». Après «deux matches, deux victoires, mais qu’elles furent longues à se dessiner!» s’exclame Le Huffington Post. Alors, tous ces goals «tardifs, qui font pencher la balance, est-ce réellement un hasard?» se demande Le Matin. Réponse presque scientifique: non. Et c’est souvent dû à des changements d’homme décisifs à la fin de la deuxième mi-temps, lorsque les choses se présentent mal. Sans compter le fighting spirit, qui peut aussi être un facteur important.

Récapitulons, avec le quotidien orange. «Payet a été le premier, […] entre la France et la Roumanie (2-1 à la 89e), à lancer le mouvement. Le Français a même marqué quatre de ses cinq buts […] après la 85e minute! Il a été imité par la suite par Piqué, auteur de la tête décisive pour l’Espagne contre la République tchèque […] à la 87e.» Puis il y a eu les buts tardifs de Schweinsteiger et de Pellè, qui ont mis leurs équipes «à l’abri face à l’Ukraine (2-0 à la 92e) et à la Belgique (2-0 à la 92e)».

Et ce n’est pas fini. «Contre l’Albanie (2-0), c’est Griezmann (90e) qui a […] fait la différence pour l’équipe de France, avant le but de la sécurité inscrit une nouvelle fois par Payet, six minutes […] plus tard.» Puis ce fut «au tour de Sturridge de faire basculer le derby entre l’Angleterre et le Pays de Galles […] à la 91e. Des Anglais qui avaient été rejoints à la même minute par les Russes (1-1)»...

Sky Sports a d’ailleurs calculé que c’était la septième fois que l’Angleterre concédait un but dans les dix dernières minutes lors d’un grand tournoi sur les trente encaissés en tout, avec quatre goals contre elle dans les arrêts de jeu. Retournement de situation ce jeudi, donc, où il a fallu attendre le geste de Sturridge, «entré en cours de jeu, pour que les Anglais obtiennent mieux que ce nul qui leur tendait les bras mais ne les arrangeait pas», constate Le Monde.

Voilà, on en oublie peut-être. Mais, toujours selon Le Matin, une étude faite dans une université texane, «Timing of Goals Scored in Selected European and South American Soccer Leagues, FIFA and UEFA Tournaments and the Critical Phases of a Match», «a tenté d’expliquer ce phénomène». Sur la base de plus de 3000 parties, elle conclut que «la fatigue, la détérioration physique, l’augmentation du rythme des matches, la déshydratation, l’hyperthermie, la diminution des fonctions cognitives mènent à faire des compromis et accroissent le nombre d’erreurs défensives. Des joueurs fatigués sont plus à même de faire des erreurs de jugement et de marquage, ainsi que dans leurs tacles et leurs dégagements.»

En fait, «c’est normal, les buts en fin de match, une petite équipe a plus de mal en fin qu’une grande. Avec l’Euro à 24, il y a + de petites, donc beaucoup de buts en fin», lit-on sur un forum de Jeuxvideo.com. D’ailleurs, L’Express relève non sans malice que Nicolas Sarkozy a quitté vendredi dernier «le Stade de France quelques minutes avant la fin de France-Roumanie et n’a pas vu le but libérateur de Dimitri Payet». Il souhaitait «éviter la cohue de la sortie», a précisé son entourage au Journal du dimanche (JDD). L’anecdote a également «amusé les proches de François Hollande, lui aussi présent au match»: «Il fallait qu’il parte pour qu’on gagne, a confié au JDD l’un de ceux qui entouraient le président de la République dans les travées. On s’est tous dit ça et ça nous a fait marrer.»

Mais la politique n’expliquant pas tout, le magazine en ligne Slate.fr consacre un article passionnant au phénomène. Les faits, d’abord. Jeudi juste avant 18h, «sur les trente-deux buts marqués» au total pendant l’Euro 2016, «neuf (soit plus d’un sur quatre) l’ont été lors des cinq dernières minutes du temps réglementaire et dans les arrêts de jeu. Si on répartissait les buts de manière équitable sur l’ensemble d’un match, ce chiffre devrait être cinq fois moins élevé (1,8 but par tranche de cinq minutes) […]». Déjà, en 2013, le Guardian avait découvert que les dix dernières minutes étaient les plus prolifiques en Premier League et que c’était à la 89e minute que l’on avait le plus de chance de voir un but:

«Mais l’aspect physique ne suffit pas à expliquer pourquoi certains pays semblent s’en sortir mieux que d’autres dans les derniers instants d’un match. Jan van Ours et Martin van Tuijl, de l’Université de Tilburg aux Pays-Bas, ont ainsi expliqué en 2010» – dans l’étude «Country-Specific Goal-Scoring in the «Dying Seconds» of International Football Matches» «que le pays pour lequel on joue peut aussi être un facteur. Si les différences entre les cultures stratégique et tactique se sont effacées avec la mondialisation du foot, on peut encore en trouver dans le fighting spirit» précédemment cité.

Ce qu’un internaute du forum cité ci-dessus résume si bien en quelques mots: «C’est normal, les équipes s’arrachent, intensité de ouf (donc fatigue à la fin), et surtout ça joue toujours la gagne.»

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