Globalisé, le football? Les responsables de la FIFA en rêvent, qui arrosent généreusement le sud du monde pour y développer les talents précoces - et les bonnes affaires. Les géopolitologues aussi, qui font parfois du foot une grille de lecture métaphorique, le «stade ultime de la mondialisation».

Sauf que le Mondial 2006 vient apporter un cruel démenti à l'élargissement du champ du ballon rond. Les équipes africaines ont sombré, malgré de brillantes dispositions. Celles d'Europe de l'Est n'ont guère été plus convaincantes. Quant aux Américains du Sud, ils sont tous rentrés chez eux.

Pour la première fois depuis 1982, le dernier carré du Mondial rassemble quatre équipes européennes (Allemagne, Italie, France, Portugal). L'élimination en quarts de finale de l'Argentine et du Brésil est une authentique surprise: lors des cinq dernières éditions, l'un ou l'autre des deux «géants» d'Amérique du Sud parvenait à chaque fois en finale - pour l'emporter trois fois sur cinq. Si tous les sélectionnés brésiliens et argentins n'évoluaient pas dans les meilleurs clubs européens, on pourrait être tenté d'expliquer le phénomène par une opposition radicale entre l'homogénéité du jeu à l'européenne et l'individualisme des artistes latinos.

La vérité, pourtant, est ailleurs. Dans ce tournoi soporifique, pauvre en buts (la moyenne est l'une des plus basses de l'histoire), la tactique joue un rôle de premier plan. L'organisation défensive, le bloc compact et solidaire, dans lequel les individus se dissolvent pour servir une équipe vouée à la résistance, a complètement étouffé l'idée du football offensif tourné vers le but adverse. Ce que l'on pressentait après une semaine de compétition s'est vérifié: les vrais «héros» du Mondial 2006 sont les défenseurs et les sélectionneurs. Du jamais-vu. Seule exception, Zidane, sur deux parties.

Dans cette optique où seul le résultat compte, quelle que soit la pauvreté du spectacle offert, les équipes européennes ont une longueur d'avance sur leurs rivales traditionnelles d'Amérique du Sud. Celles-ci n'ont pas assez d'entraînement pour gérer le minimalisme. Dit autrement: au Mondial du cynisme, l'Europe fait la course en tête.

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