Editorial

Les Européens face à l’OTAN de Trump

A Munich, l'Allemagne et la France ont martelé la nécessité d'une défense européenne crédible

Obsolète l’OTAN? Bien au contraire. Démentant les propos de leur président, plusieurs représentants de la nouvelle administration américaine sont venus rassurer leurs alliés européens ces derniers jours en Allemagne. Les Etats-Unis resteront à leurs côtés. Tout juste les Européens devront-ils mettre un peu plus la main au porte-monnaie pour partager le fardeau de la défense commune. Un refrain qui n’a en fait rien de nouveau.

Lire aussi:  L’OTAN comme unique horizon

Ainsi, après les frayeurs provoquées par le candidat Donald Trump – critiquant l’OTAN et l’UE tout en louant Poutine – tout reprendrait-il son cours normal entre les deux rives de l’Atlantique? L’ordre occidental peut-il continuer de prévaloir sur la base d’une alliance militaire réaffirmée avec force? Ce serait une pure illusion que se raccrocher à ce rêve d’hier.

Discours du passé

Le monde multipolaire d’aujourd’hui demande une approche complètement renouvelée des relations internationales et de la sécurité. Le discours sur l’OTAN délivré par les émissaires de Donald Trump est ancré dans le passé et ne rassurera que les Britanniques et les eurosceptiques. L’administration américaine ne jure à nouveau plus que par la militarisation des Etats-Unis et le pur rapport de force dans les relations entre nations. Comme sous l’ère présidée par George W. Bush ou Ronald Reagan. C’est un virage à 180 degrés avec le multilatéralisme des années Obama.

Lire également:  Mike Pence: «Nous serons toujours votre plus grand allié»

Si le lien transatlantique reste pour l’heure incontournable pour la sécurité du continent européen, il est désormais urgent pour les Européens d’envisager leur propre défense de façon à se dégager au plus tôt de la tutelle de Washington. Ce projet a maintes fois été mis sur la table et a jusqu’ici semblé irréaliste du fait même des divisions européennes. Mais, avec le retour du nationalisme outre-Atlantique, cela devient une nécessité pour sauver le projet européen.

Nouvelle dynamique

Or dans ce domaine les choses évoluent. La France qui fut à l’origine rétive à l’idée d’une défense européenne a depuis un certain temps évolué sur cette question. La Grande-Bretagne, principal frein à une défense européenne qui affaiblirait l’OTAN s’est pour sa part mise sur la touche avec le Brexit.

Mais c’est surtout la position allemande qui a changé ces dernières années. Le réflexe consistant à se tourner vers Washington pour assurer sa protection n’est plus d’actualité, a ainsi expliqué ce week-end lors de la Conférence sur la sécurité de Munich la ministre allemande de la défense Ursula von der Leyen. L’Allemagne, affirment aujourd’hui ses dirigeants de droite comme de gauche, est prête à assumer ses nouvelles responsabilités en tant que principale puissance européenne, y compris sur le plan militaire.

Mieux, ce nouveau discours est à présent en phase avec celui de la France qui, depuis des années, demande un meilleur partage des responsabilités en matière de sécurité en Europe et dans son voisinage.

Publicité