J’aime les gens qui débordent. Qui osent, se lancent, tentent et parfois se plantent. Entre un ricanant distant et un énergumène décoiffant, je choisirai toujours le deuxième. Plus stimulant, plus vivant. Plus singulier et courageux aussi. Car quoi de plus facile que de se poser dans une soirée, les bras croisés, le sourire étudié, et d’épingler d’une petite remarque assassine le kamikaze qui se grille à force de s’enflammer? Le dandy, cool & smart, sera toujours plus admiré que le fol histrion. Mais qui met le feu au dîner? Qui fait bouger les lignes? Qui fait avancer l’histoire? L’observateur replié ou l’acteur engagé? Mon coeur, mon esprit aussi, penchent en faveur du déferlant. Sans doute parce que, sur son versant émotif et débordant, je lui ressemble méchamment.

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En matière de phénomènes, il faut aller voir «Belgica», le film de Felix Van Groeningen. On y suit l’épopée de deux frères flamands, Frank et Jo, qui ouvrent une boîte à Gand. Frank est énorme, rugissant, dopé à tout ce qui se sniffe et adepte de tous les vices. Mais il voit grand. C’est grâce à lui que le bistro gentillet de son cadet devient LE Belgica, lieu de franche folie, à la fois popu et branché, inspiré du Charlatan, arche de Noé festive qui a vraiment existé à Gand et qui a été fondée par le père du réalisateur. Un établissement où, comme dans le film, le meilleur de la musique des années nonante, du rock à la techno en passant par l’ethno, s’est donné rendez-vous. Colossal. L’ennui, c’est que l’histoire a une morale -la vie peut-être aussi- et que Frank paie cher le prix de ses excès. J’aime moyen la fin.

Je préfère le final de Leicester. Ce petit club anglais qui pratique le 4-4-2 intrépide, du pur «kick and rush», et vient de décrocher la palme du championnat le plus illustre de la planète à la barbe des stars de la Premier League, adeptes des footballeurs millionnaires et, généralement, du 4-3-3 nettement plus intelligent, mais aussi plus plan-plan. Au-delà de l’engouement général pour une équipe humble au vestiaire fort, c’est-à-dire à la cohésion béton, c’est la logique furieuse et physique de Leicester, ce «tout en avant» qui me réjouit. Un principe qui veut qu’on ose, qu’on se lance et qu'on tente. Le corps et le coeur fédérés. Une claque aux commentateurs ricanants, aux bookmakers anglais et à tous les cyniques planqués.

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