La Chine a bâti sa prospérité notamment grâce à ses exportations au prix d'une politique de taux de change - un yuan sous-évalué - qui a aggravé les déséquilibres financiers mondiaux. Aujourd'hui, il n'est donc pas insensé de lui demander d'aider les pays en difficulté à cause de la crise financière.

Cette demande peut toutefois se heurter à une Chine qui logiquement voudrait garder ses forces pour elle-même, d'autant plus que la récession fait déjà des victimes. Mais elle ne peut pas oublier que sa propre vigueur dépend de ses relations économiques et commerciales internationales.

Ne pas utiliser au moins une partie de sa gigantesque réserve de 2000 milliards de dollars pour donner une bouffée d'oxygène à ses partenaires serait un joli autogoal. La Chine a autant besoin de marchés d'exportation que les Etats-Unis et l'Europe ont besoin de capitaux pour financer les plans de sauvetage de leur secteur financier. Tout donc laisse croire que le SOS sera entendu à Pékin.

Attention cependant, les Chinois pourraient bien acheter des obligations d'Etat, comme ils l'ont fait dans le passé. Mais ils pourraient aussi décider d'investir directement en achetant des entreprises en difficulté. Dans un tel cas, la tentation protectionniste sera grande. La décision française jeudi de créer un fonds souverain relève de cet esprit.

Sans surestimer la puissance chinoise - en termes d'économie réelle, le pays est encore en développement -, la Chine va tenter de monnayer son aide. Et il sera difficile de ne pas lui offrir de contrepartie. L'Empire du Milieu ne rêve certes pas de conquête territoriale. Il a néanmoins l'ambition d'occuper la place qui lui revient dans l'architecture politique et économique mondiale.

La Chine, qui parle aussi au nom de l'Inde, du Brésil, de l'Afrique du Sud et d'autres nations émergentes, revendique une place plus respectable. Au Fonds monétaire international, par exemple, elle pèse moins que la Belgique ou la Suisse. Au G8, elle n'a droit qu'à un strapontin.

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