Médias

Ex-Miss, femme d’affaires et présentatrice TV? Le mélange qui dérange

Depuis dimanche, Christa Rigozzi anime l’émission Arena aux côtés de Jonas Projer, journaliste vedette de la SRF. Un nouveau mandat critiqué dans la presse

Rarement une émission de la SRF n’aura suscité autant de réactions avant même de commencer. Arena/Reporter, la nouvelle plage occupée le dimanche soir par la télévision alémanique, agite les débats outre-Sarine, depuis qu’elle a dévoilé fin mai le visage de sa nouvelle égérie: Christa Rigozzi, Miss Suisse 2006, engagée par la TV comme modératrice pour quatre émissions, peut-être davantage. Le concept: présenter un reportage sur un thème d’actualité, puis mener une discussion avec des invités sur le plateau en impliquant le public. Le présentateur vedette de la SRF, Jonas Projer, 36 ans, anime le débat. A ses côtés, la Tessinoise de 34 ans joue les modératrices emphatiques, réceptionne les appels des spectateurs, relaye les tweets du public.

Un objectif a été atteint: Arena/Reporter a bénéficié d’une attention maximale pour son lancement dimanche. La SRF aborde le thème ultrasensible du service de protection de la petite enfance et de ses dérives. Mais la discussion, dans la presse, tourne surtout autour de l’ancienne Miss et de cette question: une personne qui gagne sa vie par la publicité peut-elle présenter une émission d’information politique? Christa Rigozzi ne manque pas de sponsors, entre la marque de voiture Seat, les chocolats Frey, ou encore le mobilier Delta.

Verdict, le jour d’après

Le mélange des genres a suscité des crispations, à l’interne, relayée anonymement par le Blick. Christa Rigozzi s’est défendue, mentionnant son diplôme universitaire en sciences de la communication et des médias et son expérience dans la modération de débats. Ambiance, avant la première. Quel verdict le jour d’après? Hormis quelques spectateurs «agréablement surpris» par la présence de l’ex-Miss, il est plutôt mitigé. Sur Twitter, Fibo Deutsch, journaliste, a ce commentaire lapidaire: «Rigozzi est un rayon de soleil, mais à Arena, elle ne peut pas vraiment exercer son influence. Je la préfère dans des spots publicitaires». Adrian Plachesi, de Tele-Basel, poursuit dans la métaphore solaire, sur un ton tout aussi dubitatif: «Le trou de l’été est vraiment là #Rigozzi #srfarena #whatever».

On a l’impression qu’Arena, en engageant une célébrité, a seulement voulu injecter une dose de glamour à son émission phare

Christa Rigozzi a l’air «présente, sympathique et proche du public», s’enthousiasme la Schweizer Illustrierte. Un concert de louanges immédiatement nuancé par cette conclusion caustique, plutôt cocasse de la part du magazine people: «Elle semble coincée dans un rôle trop étroit pour elle. On a l’impression qu’Arena, en engageant une célébrité, a seulement voulu injecter une dose de glamour à son émission phare. A l’avenir, on souhaite un format dans lequel Christa Rigozzi pourra exprimer toute sa classe». Quant au Tages Anzeiger, il estime que la femme d’affaires incarne «à la perfection» la collectionneuse neutre de réactions. Le quotidien zurichois, comme d’autres médias, critique surtout la cacophonie de l’émission dont le thème a fini noyé sous un flot d’interventions de spectateurs.

Séparer le journalisme de la publicité

Même la très sérieuse NZZ y va de son observation, pour rappeler les principes inébranlables qui devraient guider le service public: «qui occupe une tâche journalistique et participe à l’offre d’information d’une chaîne publique doit se tenir éloigné des activités commerciales». Pour le quotidien zurichois, il en va de l’image de la chaîne d’information, qui devrait se montrer inflexible sur la séparation entre journalisme et publicité. Conclusion: «L’émission doit encore trouver son chemin». Sur Instagram, Christa Rigozzi se montre bonne joueuse: «La critique fait partie de l’après-émission! Merci beaucoup pour vos nombreux retours, nous ne pouvons que nous améliorer!»

Publicité