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Logo de l'usine d'armement RUAG à Zürich, 23 mars 2018, Suisse.
© Arnd Wiegmann/Reuters ©

éditorial

Exportations d’armes: le jeu risqué du Conseil fédéral

EDITORIAL. En se disant prête à livrer des armes à des pays en guerre et en refusant de signer le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires conclu en 2017, la Suisse sape son image et son influence en tant que puissance active dans la promotion de la paix

L’événement est plutôt rare. Peter Maurer, président du CICR, souvent en osmose avec Berne, s’exprime publiquement contre une décision de la Confédération. Samedi, l’ancien diplomate a tiré la sonnette d’alarme. Motif: la Commission de politique de sécurité du Conseil des Etats, après celle du National, vient de laisser le champ libre au Conseil fédéral pour aller de l’avant avec sa décision d’assouplir les exportations d’armes. Si elle est entérinée, cette décision va affaiblir la réputation, la crédibilité et la fiabilité de la Suisse, déplore Peter Maurer.

Il n’est pas le seul à juger cette décision dangereuse. Le changement législatif semble mineur en apparence, mais il serait un saut considérable dans l’inconnu. Alors que Didier Burkhalter y était réfractaire, son successeur au Conseil fédéral Ignazio Cassis y est favorable. La Suisse neutre pourrait ainsi livrer des armes à des pays en guerre. Même le très conservateur président du PDC Gerhard Pfister estime que le gouvernement va trop loin.

A lire: Exportations d'armes: un rapport explosif

La justification du Conseil fédéral a le mérite de la clarté. La base technologique et industrielle de l’industrie suisse d’armement serait en danger, à en croire ses représentants, en raison d’une concurrence internationale «féroce» dans le secteur. Selon eux, il y va de la crédibilité de la politique de sécurité du pays. Le gouvernement n’a pas peur de mettre dans la balance un secteur qui représente 0,14% des exportations helvétiques et l’image de la Suisse comme pays œuvrant pour la paix.

Or le poids géopolitique de la Suisse, c’est avant tout son soft power. Son influence morale, immatérielle. En assouplissant de la sorte l’exportation de matériel de guerre, le Conseil fédéral prend le risque de saper la force de la diplomatie helvétique: sa politique axée sur l’humanitaire et les droits de l’homme, l’investissement qu’elle opère à Genève, qu’elle voit comme le centre mondial du désarmement, et enfin sa capacité d’influence au sein de l’ONU, alimentée par un savoir-faire et un dynamisme reconnus.

Signaux contradictoires

Le phrasé du gouvernement, qui précise qu’il a toujours été restrictif en la matière, nourrit un flou qui ouvre la porte à tous les dérapages. Les exportations d’armes seront autorisées «s’il n’y a aucune raison de penser que le matériel de guerre à exporter sera utilisé dans un conflit armé interne». Le CICR, lui, n’a pas de doute. Un tel matériel finit un jour ou l’autre dans les mains des belligérants. On se rappellera les livraisons de canons de DCA d’Oerlikon-Bührle destinées à l’Ethiopie qui finiront au Nigeria durant la guerre du Biafra. Ou les grenades de Ruag vendues aux Emirats arabes unis et qui se retrouvent aujourd’hui dans le nord de la Syrie.

La Suisse ne pourra pas indéfiniment jouer sur l’ambiguïté. Les signaux contradictoires qu’elle émet, tant sur les exportations d’armes conventionnelles que sur les armes nucléaires, risquent de se payer cher en termes d’image.

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