Viola Amherd joue sa crédibilité et sa carrière politique avec l’achat des nouveaux avions de combat. La ministre de la Défense avait gagné une première manche le 27 septembre 2020, lorsque 50,1% des votants avaient dit oui au remplacement des F/A-18 vieillissants. C’était de justesse, mais elle avait réussi là où Ueli Maurer avait échoué avec ses Gripen.

Toutefois, la Valaisanne n’était pas au bout de ses peines. Très à l’écoute des haut gradés, elle a jeté son dévolu sur les F-35 américains plutôt que sur les Rafale français ou les Eurofighter européens. Un choix qui a été officiellement avalisé par le reste du Conseil fédéral. Dans les faits, le collège était divisé, mais la majorité des ministres ont préféré la laisser se débrouiller avec ce très épineux dossier. Cette question des F-35 illustre d’ailleurs les tensions qui règnent au sein du gouvernement et l’absence grandissante d’esprit collégial.

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Depuis la décision de privilégier l’avionneur américain, Viola Amherd fait face à un flot de critiques et de révélations dérangeantes. Le dernier rebondissement est l’ouvrage du conseiller national Pierre-Alain Fridez dénonçant un «scandale d’Etat». Le terme est provocateur et paraît exagéré. Mais il révèle des éléments troublants sur ce qu’il appelle une procédure «façonnée». Certes, ces propos proviennent d’un socialiste clairement opposé aux F-35. Mais contrairement à la grande majorité de ses «camarades», il n’est pas un antimilitariste dogmatique. L’élu jurassien conteste le choix de l’avion, mais pas le principe de la défense aérienne. Par ailleurs, de nouvelles informations inquiétantes proviennent des Etats-Unis, où des F-35 ont été cloués au sol à la suite de défaillances techniques.

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Pour couper court aux rumeurs, aux inquiétudes, il est essentiel que Viola Amherd réponde en détail à toutes les critiques. Mais cela ne suffira pas. Elle ne peut pas faire l’économie d’un nouveau scrutin populaire. L’initiative «Contre le F-35» a en effet abouti, et un passage en force serait perçu comme un déni démocratique qui mettrait à mal la crédibilité de la conseillère fédérale du Centre. Les initiants ont peiné à récolter les 100 000 signatures nécessaires et la guerre en Ukraine a renforcé le besoin de sécurité des Suissesses et des Suisses. Viola Amherd peut donc aussi gagner la seconde manche si elle parvient à rassurer et convaincre.

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