Le calendrier est connu. Les candidats à la présidentielle 2022 ont jusqu’au 4 mars pour déposer la liste des 500 signatures d’élus indispensables pour pouvoir se présenter. Moins de trois semaines restent donc pour Emmanuel Macron avant de se lancer dans la course à sa réélection. Une course dont il a par avance franchi le premier obstacle, disposant à ce jour de 1260 parrainages déjà validés par le Conseil constitutionnel, qui actualise sa liste chaque semaine.

Pourquoi, dans ces conditions, faire durer le suspense et placer l’ensemble des candidats déclarés en porte-à-faux? L’argument le plus souvent avancé est tactique: protégé par son statut de chef de l’Etat et avantagé par le fait qu’il tient les manettes du pays, l’actuel locataire de l’Elysée a intérêt à attendre jusqu’au dernier moment. Peut-être. Mais si tel est son raisonnement, l’heure du carton jaune électoral approche. Comme dans tout marathon, ou dans tout sprint – le premier tour aura lieu le 10 avril – l’égalité sur la ligne de départ est un élément non négociable. Plus grave: laisser ses adversaires user leurs premières cartouches dans l’espoir de créer une surprise pour mieux les rattraper n’est pas un calcul politique digne d’un président fier de son bilan.

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Un autre élément de taille exige qu’Emmanuel Macron clarifie les choses: la situation géopolitique et les défis auxquels la France est confrontée, en pleine crise ukrainienne et à la veille d’un important sommet UE-Afrique. Croire que des interlocuteurs comme Joe Biden, Vladimir Poutine, le président ukrainien Zelensky, la junte militaire malienne ou les dirigeants des pays européens militairement enlisés en Afrique aux côtés des troupes françaises n’ont pas anticipé sa candidature prochaine, et la fragilité qui va en découler durant la campagne, est une illusion. Pour tous, Emmanuel Macron est un président à la recherche d’un second mandat, ce que lui-même a d’ailleurs confirmé dans plusieurs entretiens en évoquant l’avenir et les réformes qu’il entend poursuivre. Pour tous, la capacité du président français à affronter une crise majeure est, dans les faits, déjà diminuée.

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Emmanuel Macron, dont l’équipe de campagne est fin prête, n’a rien à gagner à faire durer ce discutable suspense. Les 48 millions d’électeurs français, de leur côté, ont le droit de savoir si le chef des armées susceptible d’ordonner sous peu le retrait de l’opération Barkhane au Sahel va demain solliciter leurs votes. En ces ultimes semaines de mandat, le «maître des horloges» doit respecter le temps démocratique. Et donc passer à l’acte.

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