Habitués à maintenir leur pays en coupes réglées depuis des décennies, les généraux birmans semblent aujourd’hui en position de force. Leur prise de pouvoir brutale le 1er février, à la veille de l’installation du parlement démocratiquement élu le 8 novembre 2020, s’est déroulée sans anicroche. Accusée par l’Occident d’avoir fermé les yeux sur la tragédie de la minorité musulmane des Rohingyas, leur principale adversaire politique Aung San Suu Kyi – placée en résidence surveillée – manque de moyens tangibles pour leur résister malgré les 83% de votes obtenus par son parti. Pis: dans un monde verrouillé par les contraintes sanitaires, la balance pèse incontestablement en faveur des fusils contre les urnes.

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Aussi favorable soit-il aux despotes en uniforme appuyés par une partie des oligarques locaux, ce couvercle de l’oppression n’est toutefois pas encore définitivement refermé. Partout en Birmanie, une courageuse résistance civile et pacifique est à l’œuvre depuis le coup d’Etat. Dans la métropole économique Rangoun, mais aussi dans d’autres grandes villes et même à Naypyidaw, la capitale administrative surgie de la jungle au début des années 2000, des milliers de Birmans ont choisi de dire non, à visage découvert, à cet assassinat de la démocratisation engagée depuis 2010.

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Leur signe de ralliement – trois doigts levés comme dans le film Hunger Games – est celui que l’opposition démocratique d’un pays voisin, le royaume de Thaïlande, brandit pour y contester la mainmise de l’armée au service de la monarchie controversée. Leurs actions, telles que taper sur des casseroles pour «chasser les démons» ou inonder les réseaux sociaux de messages anti-junte, expriment un refus sans fard d’un retour en arrière. Y compris au sein de l’administration jadis à la botte de l’armée, au sein de laquelle les nouvelles générations adhèrent à l’ouverture et à la démocratisation incarnées par Aung San Suu Kyi.

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Choisir de détourner le regard dans ce contexte n’est dès lors pas acceptable. Le débat sur les compromissions passées d’Aung San Suu Kyi, qui partageait le pouvoir avec l’armée, ou son aveuglement nationaliste et bouddhiste vis-à-vis de Rohingyas victimes d’une féroce épuration ethnique ne doivent pas amener à condamner les Birmans à l’isolement. Leur voix doit être entendue. La pression internationale doit s’exercer pour les soutenir, dans ce pays si tributaire de l’aide internationale, où la Chine exerce une influence déterminante. Venue de la lointaine Asie du Sud-Est, si hospitalière pour les touristes avant la pandémie, la courageuse désobéissance birmane est un appel que nos démocraties doivent entendre, défendre et répercuter.

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