Les caisses maladie avaient les choses bien en main. Lors de la législature qui s’est terminée en octobre dernier, quinze élus avec lesquels elles entretenaient des liens étroits pesaient lourdement sur les décisions de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) du Conseil national et sur son homologue du Conseil des Etats. De quoi avoir une vue panoramique, voire une influence directe sur les textes en préparation. Une élection plus tard, les avocats des caisses ne sont plus que cinq, selon l’enquête que nous publions aujourd’hui.

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En fait, c’est l’ensemble des groupes de pression qui pose problème. Le système suisse de la santé – un enjeu économique de 82 milliards de francs – a beau être l’un des meilleurs du monde, il est devenu trop cher pour une partie significative des assurés. Il a donc besoin d’urgentes réformes, comme en témoignent les initiatives populaires du PS et du PDC. Mais dans le contexte actuel, les divers lobbies finissent souvent par se neutraliser pour empêcher les mesures d’économies qui s’imposeraient.

Plusieurs partis l’ont compris, préférant donc nommer dans ces commissions des élus ne pouvant plus être soupçonnés d’être trop proches d’un des acteurs de la santé. C’est un signe indéniablement positif, même si la démarche a ses limites. En décembre dernier, l’un de ces élus «indépendants» a cru bon de vouloir introduire une taxe de 50 francs pour sanctionner les patients sollicitant le service des urgences d’un hôpital. Une mesure que tous les professionnels de la santé ont qualifiée «d’absurde», à juste titre. Elle ne fera que «bureaucratiser» le travail des urgentistes au lieu de permettre de vraies économies.

Il ne faut pas se bercer d’illusions: les groupes de pression existeront toujours et pèseront toujours sur les décisions des Chambres fédérales. Leur influence prendra d’autres formes, moins ostensibles, dans d’autres cénacles. Il faut désormais espérer que le relatif gain d’indépendance des membres de ces deux commissions de santé leur permette non seulement de regagner en crédibilité auprès du grand public, mais aussi de trouver le courage de prendre des mesures plus consensuelles et moins marquées par l’idéologie partisane.