Pour l’Europe, il n’existe pas de politique arabe, ou du moins une seule politique arabe. La politique qu’elle mène au Moyen-Orient est marquée par deux paradoxes de taille. Tout d’abord, elle considère que les crises de la région sont étrangères à sa sphère d’influence et ne constituent pas une menace directe pour sa sécurité. Pourtant, les Européens sont régulièrement interpellés par certains dossiers, comme la crise migratoire, l’instabilité et la menace terroriste. Ces questions préoccupent les citoyens en accentuant le doute et le repli identitaires, les peurs d’un «islam conquérant» et de «l’arrivée en masse d’étrangers porteurs d’une autre culture».

Le deuxième paradoxe est l’absence d’une politique européenne commune vis-à-vis du Moyen-Orient. Cette absence découle du décalage entre le point de vue de l’Union européenne et celui de ses Etats membres, lié à des agendas souvent contradictoires. Le retrait européen s’accompagne de l’émergence de nouvelles puissances régionales, qui deviennent des acteurs de premier plan: Turquie, Iran, Russie et Israël. Des Etats décidés à peser lourdement sur l’évolution de la région. Ainsi l’Europe se retrouve à la périphérie d’une triple reconfiguration régionale sans y être associée.