1. Les inspections de l'ONU fonctionnent.

Hans Blix et Mohamed El-Baradei réclamaient des mois, Joschka Fischer estimait qu'elles constituaient une alternative à la guerre, et début mars Dominique de Villepin était prêt à les prolonger de 120 jours. En fait, ces inspections étaient un outil de vérification – et non d'investigation – voué à l'insuccès. Le 24 avril, l'agence AP a cité des scientifiques irakiens avouant qu'ils avaient reçu des ordres de dissimulation une à deux heures avant l'arrivée des inspecteurs. Pire, le 25 juin, un autre scientifique irakien a reconnu avoir abrité dans son jardin, depuis 1991, les plans et les pièces nécessaires à la reconstitution rapide d'une centrifugeuse à gaz, élément crucial d'un programme nucléaire militaire. Huit années d'inspections n'y ont vu que du feu.

2. Saddam Hussein ne représente aucun danger.

De nombreux représentants nationaux à l'ONU, en particulier du monde arabe, ont affirmé que le maître de Bagdad ne menaçait pas la paix globale. Pourtant, celui-ci se vantait ouvertement de soutenir le terrorisme palestinien, notamment en versant des indemnités – environ 25 000 dollars – aux familles des «martyrs». Le 7 mai, le New York Times a révélé qu'un QG de la police secrète irakienne contenait des informations sensibles sur Israël, dont des maquettes très détaillées de la Knesset, de bâtiments gouvernementaux et du cœur de Jérusalem. En fait, l'Irak restait le seul pays arabe à ne pas avoir signé d'armistice avec l'Etat hébreu.

3. L'Irak n'a aucun programme d'armement interdit.

Tous les dirigeants opposés à la guerre ont réclamé des «preuves», et expliquent aujourd'hui que leur absence supposée justifie leur opposition. Mais l'Irak recherchait bel et bien des armes interdites. Le 25 mai, le Telegraph a révélé que des militaires britanniques avaient découvert les plans d'un missile d'une portée d'environ 1000 km, loin au-delà des 150 km autorisés par l'ONU, et conduit par la commission d'industrialisation militaire irakienne. Ce programme, qui a débuté en 1999, était sur le point de commencer sa mise au point, selon ses anciens responsables – qui faisaient un rapport hebdomadaire à Saddam Hussein.

4. Il n'existe aucun lien entre l'Irak et Al-Qaida.

Cette conviction a été brandie maintes fois comme une accusation, notamment au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Pourtant, le Telegraph a dévoilé le 27 avril plusieurs documents que l'un de ses reporters a découverts dans le siège bombardé du service de renseignements irakien, à Bagdad, et qui montre que le Mukhabarat a invité et reçu un envoyé d'Al-Qaida dans la capitale en mars 1998. Le nom d'Oussama Ben Laden apparaissait d'ailleurs trois fois dans les documents, et le but de ces contacts était d'établir un partenariat contre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite. Le 25 juin, le quotidien américain Tennessean a en outre révélé qu'un juriste à Bagdad avait reçu la preuve écrite qu'un officier du renseignement irakien en poste au Pakistan était responsable de coordonner certaines activités avec Al-Qaida.

5. Ce sont les Etats-Unis qui ont armé l'Irak.

De nombreux parlementaires ont utilisé un tel argument pour justifier le refus de l'action armée, comme Robin Cook le 17 mars à la Chambre des Communes. En fait, le Stockholm International Peace Research Institute a montré qu'entre 1973 et 2002 l'Union soviétique puis la Russie ont fourni 57% des armes importées par Bagdad, la France 13% et la Chine 12%, contre 1% pour les Etats-Unis et moins encore pour la Grande-Bretagne. De plus, si les Etats-Unis ont fourni à l'Irak dans les années 1980 un appui pour la production d'insecticides et de vaccins contre l'anthrax, il ne s'agissait que d'une coopération agricole.

6. La guerre affaiblit la lutte contre le terrorisme.

Toute l'opposition démocrate aux Etats-Unis notamment a dénoncé cette attitude «irresponsable», mais c'est l'inverse qui s'est produit. Le 21 juin, le Conseil européen réuni à Thessalonique a ainsi adopté une stratégie contre les armes de destruction massive et placé la lutte contre le terrorisme au premier rang de son action internationale, en acceptant de facto la vision défendue à Washington. Sur le terrain, les coups de filet se poursuivent au même rythme. Le 7 juillet, l'agence UPI a par exemple révélé que la police espagnole avait interpellé un suspect marocain dont l'interrogatoire a déclenché d'autres arrestations en France et en Espagne, et que l'objectif de ce réseau était de frapper une centrale nucléaire dans l'un des deux pays.

7. La guerre provoquera une inflation d'attentats.

Cette antienne a été régulièrement invoquée, et Hosni Moubarak a par exemple prophétisé «des centaines de Ben Laden». Cependant, les seuls attentats anti-occidentaux – ceux menés en Arabie saoudite et au Maroc – ont été parmi les plus calamiteux de toute l'histoire du terrorisme: avec 28 terroristes pour 47 victimes, le rapport des pertes souligne l'amateurisme et la hâte de leurs auteurs. De plus, ces actions prématurées et mal coordonnées ont provoqué des arrestations en cascade dans le monde arabo-musulman comme en Europe. Al-Qaida n'a pas encore réussi à reprendre l'initiative.

8. Le Moyen-Orient et la rue arabe vont exploser.

Nombreux sont ceux qui ont brandi l'apocalypse pour justifier leurs vues, Jacques Chirac décrivant la région comme une «bombe à retardement», Nelson Mandela annonçant un «chaos international», ou encore Amr Moussa, secrétaire de la Ligue arabe, proclamant «l'ouverture des portes de l'enfer». Mais la chute de Bagdad a complètement dégrisé les foules arabes abreuvées par la propagande étatique ou nationaliste, alors que leurs gouvernements marchent sur des oeufs: la Syrie a commencé à retirer des troupes du Liban, l'Arabie saoudite admis la responsabilité du wahhabisme dans le terrorisme fondamentaliste, et l'Iran reconnu la présence de membres d'Al-Qaida sur son sol.

9. Le conflit israélo-palestinien en sortira aggravé.

Cette assertion prononcée par le roi Abdullah de Jordanie et reprise par les dirigeants arabes a également trouvé du crédit dans les chancelleries occidentales. Nombreux sont les responsables politiques qui affirmaient la nécessité de «régler le conflit israélo-palestinien» avant d'envisager une action en Irak. Nul n'ignorait pourtant le rôle joué par le régime de Saddam Hussein dans ce conflit. La trêve des organisations terroristes palestiniennes est aujourd'hui la conséquence directe des soutiens qu'elles ont perdus par l'entremise de la présence américaine en Irak. Les espoirs de paix n'ont jamais été aussi hauts depuis trois ans.

10. La guerre en Irak générera une hécatombe.

L'accusation préventive de massacre pour diaboliser l'action armée a été élevée au rang de rite: 500 000 morts et blessés, annonçait une étude de l'ONU; entre 48 000 et 260 000 morts selon Medact, une ONG nobélisée et fréquemment citée; 200 000 morts, assurait le ministre allemand de l'Environnement Jürgen Trittin. Aujourd'hui, les meilleures estimations des décès oscillent entre 4000 et 6000 non-combattants, et entre 10 000 et 15 000 combattants. Des chiffres très bas pour une opération conventionnelle de cette envergure, et surtout des pertes civiles comparables au nombre de citoyens irakiens assassinés chaque mois par le régime de Saddam Hussein.

11. Les civils en seront les principales victimes.

Emise par plusieurs hauts responsables de l'ONU comme Sergio Vieira de Mello et reprise par des dirigeants comme Micheline Calmy-Rey, cette accusation s'applique à tous les conflits de la planète – à l'exception notable de ceux impliquant des armées occidentales. Les guerres endémiques que connaît par exemple l'Afrique ont un taux de victimes civiles qui dépasse 95%. Mais l'usage d'armes de haute précision et de règles d'engagement précises a permis aux Etats-Unis d'inverser cette tendance en Irak, où les pertes en non-combattants ont probablement représenté moins d'un tiers du total.

12. La guerre provoquera un exode de réfugiés.

Là encore, le diable a été peint sur la muraille pour mieux fustiger l'action armée: les agences de l'ONU comptaient 1,5 million de réfugiés, a révélé le Guardian le 15 février; il y en aura 3 millions, a affirmé la ministre allemande du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, sur un plateau de télévision. Mais le 10 avril, le HCR a annoncé que seulement une centaine de personnes – pour moitié des Irakiens – s'étaient réfugiées en Syrie; le 22 avril, il dénombrait un peu plus de 1000 personnes accueillies à la frontière jordanienne, en majorité des Kurdes iraniens. Quant aux déplacés internes, le HCR n'en a identifié que 30 000 au sud du pays.

13. Une catastrophe humanitaire aura lieu.

Les opposants les plus virulents ont accusé les Etats-Unis des pires intentions, comme le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, qui a déclaré le 26 mars que le but de leur action n'était autre que «la destruction totale du pays». Pour l'anecdote, on ajoutera que Jean Ziegler a dénoncé une «effroyable tragédie humanitaire». Le couperet est tombé le 7 mai sur ces accusations lorsque le président du CICR, Jakob Kellenberger, a souligné au retour d'une visite en Irak que ce pays ne subissait pas de crise humanitaire – sans même parler d'une quelconque catastrophe.

14. Une guerre civile va éclater dans le pays.

Les dirigeants arabes en particulier ont dénoncé la déstabilisation que ne manquerait pas de provoquer l'action armée en Irak, et les affrontements qui en résulteraient entre les différentes communautés ethniques et religieuses. Pourtant, malgré des escarmouches localisées lors du retour des Kurdes dans les grandes villes au nord de l'Irak, les troupes de la coalition sont parvenues à éviter tout affrontement entre collectivités. De plus, le Conseil de gouvernement transitoire représente chaque composante ethnique, politique et religieuse que compte le pays, et promet de désamorcer certains facteurs belligènes.

15. Les Etats-Unis vont s'emparer du pétrole irakien.

De telles accusations ont été prononcées dans la plupart des parlements et des gouvernements européens, mais elles peinent à être étayées par des faits. A la fin du mois de juin, le pétrole irakien a commencé à être pompé au terminal turc de Ceyhan, par les compagnies Repsol et Cepsa (Espagne), Tupras (Turquie), Eni (Italie) et Total (France). Le 9 juillet, un contrat pour la vente du pétrole de Bassorah a été signé avec BP (Grande-Bretagne), Shell (Grande-Bretagne/Pays-Bas), ChevronTexaco (Etats-Unis) et Taurus (Suisse). Enfin, le Corps américain du génie a annoncé le 14 juillet qu'il faudrait une année au moins pour que le pays retrouve son niveau de production d'avant la guerre en raison des sabotages. Si Washington convoitait uniquement le brut irakien, le plus simple aurait été de lever les sanctions et de l'acheter à Saddam Hussein.

16. L'économie sera ravagée par la hausse du baril.

A l'occasion de la première guerre du Golfe, les allégations catastrophiques n'avaient pas manqué sur la hausse du brut. Il a en été de même avant ce conflit, principalement dans les milieux économiques, où l'on a annoncé un prix au baril pouvant atteindre les 80 dollars; la société de gestion Goldman Sachs a pour sa part estimé que le baril devrait osciller entre 41 et 46 dollars. En réalité, le prix du pétrole a fortement diminué dès l'ouverture du conflit: le Brent 38, qui coûtait en moyenne 31 dollars en mars, est ainsi passé à moins de 25 dollars en mai, pour ensuite remonter durant l'été.

17. Le coût de la guerre sera exorbitant.

Utilisé abondamment par l'opposition démocrate américaine, le coût des opérations a lui aussi fait l'objet d'accusations démesurées: la guerre coûtera au moins 100 milliards de dollars, a affirmé Nancy Pelosi, cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants; elle coûtera plusieurs centaines de milliards, a déclaré Al Gore, alors qu'un professeur de l'Université de Yale a même avancé le coût de 1595 milliards. En fait, le coût de la phase de combat n'a pas dépassé 5 milliards, et toute l'enveloppe comprenant le déploiement, le combat et la stabilisation jusqu'au 30 septembre devrait coûter 58 milliards. En comparaison, la première guerre du Golfe a coûté entre 61 et 71 milliards de dollars, alors que les pertes consécutives aux attentats du 11 septembre ont dépassé 200 milliards pour les Etats-Unis.

18. La population irakienne résiste à l'envahisseur.

Jusqu'à l'entrée des troupes américaines à Bagdad, de nombreux dirigeants politiques – et pas seulement dans le monde arabo-musulman – ont affirmé que les Irakiens se battraient contre les soldats coalisés. Mais la réalité s'est avérée bien différente: le «sursaut nationaliste» tant vanté n'a jamais eu lieu, les soldats de l'armée régulière sont rentrés chez eux dès qu'ils l'ont pu, et les seuls défenseurs du régime ont été son appareil répressif et des djihadistes étrangers. La population a majoritairement accueilli avec satisfaction les Occidentaux; un sondage effectué auprès de 798 Bagdadis du 8 au 10 juillet a ainsi montré que 76% d'entre eux souhaitaient le maintien de la présence américaine, et que seuls 23% désapprouvaient leur entrée dans le pays.

19. Les GI's ont toléré un ravage culturel.

Les premières images de pillage dans le Musée national de Bagdad ont amené les opposants à dénoncer l'attentisme supposé des soldats américains. Jacques Chirac a même parlé de «crime contre l'humanité». Début juin, on a toutefois appris que 179 containers rassemblant la grande majorité des objets appartenant au musée avaient été mis en lieu sûr; du coup, sur les 8000 objets de première valeur, seuls 33 sont portés manquants. Le 8 juin, la BBC a en outre diffusé un reportage montrant que le musée avait constitué un point d'appui majeur pour les miliciens du parti Baas, qui y avaient placé un poste de commandement et de nombreux combattants. Ceux-ci ont d'ailleurs attaqué les troupes américaines arrivées à proximité, et les tirs ont continué pendant quatre jours.

20. Les Etats-Unis sont confrontés à un nouveau Vietnam.

Promptement brandi après sept jours de combats, le «spectre du Vietnam» a fait sa réapparition depuis quelques semaines et est utilisé par l'opposition aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne comme levier politique. Mais la métaphore du bourbier demeure toujours aussi vaine: avec environ 12 attaques par jour dans le «triangle sunnite», les troupes américaines sont en effet confrontées à un niveau de violence très bas, occasionnant en moyenne moins d'un soldat tué tous les deux jours, sur un contingent de 146 000 hommes. Proportionnellement, le Kosovo connaît par exemple une violence supérieure entre ses communautés, avec 6647 attaques et 1149 morts en quatre ans. Une guérilla de jusqu'au-boutistes privés de soutien populaire à l'échelon national n'a aucun avenir.

La meilleure manière de conclure cette compilation est une devinette significative. Quel président américain a déclaré: «La communauté internationale pourrait voir de plus en plus de menaces comme celle que l'Irak pose maintenant: un Etat-voyou doté d'armes de destruction massive, prêts à les utiliser ou à les fournir à des terroristes»? George W. Bush? Faux: Bill Clinton, le 17 février 1998. La polémique reste indissociable de la politique.

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