Le régime de Kim Jong-il est répugnant. C'est une oppression dynastique qui n'a jamais reculé devant le terrorisme, le rapt et le chantage comme outils de politique extérieure. Le fonctionnement de la cour rouge soulève le cœur.

L'indignation, pourtant, ne sert à rien. Le monde n'existe pas sans voyous et, dans ces conditions, il n'y a qu'une question qui vaille: quel ordre faut-il leur opposer, et finalement leur imposer? Il ne peut-être fait que de règles communes négociées, d'engagements pris et tenus, de coopération et d'action collective. Et, pour qu'un tel système fonctionne, la participation des plus puissants est indispensable.

Des plus puissants, donc des Etats-Unis. Or, depuis deux ans, l'administration américaine a donné tous les signes possibles d'une option différente: elle s'écarte de la sécurité collective, renie d'anciens accords (ABM) et en rejette de nouveaux (Kyoto, justice internationale). Le pire exemple est celui du traité bannissant les essais nucléaires (CTBT): ce texte est lettre morte parce que Washington, dont la signature est indispensable, refuse de le ratifier, afin de réserver à ses généraux la possibilité de tester de nouvelles armes.

Cette attitude, il y a deux ans, a eu pour effet de condamner les efforts, bilatéraux et collectifs, engagés par Jimmy Carter et Bill Clinton pour ramener Pyongyang dans un ordre acceptable: il ne fallait pas, disaient les républicains, récompenser le crime. Kim Jong-il a répliqué en gangster qu'il est, comme le produit grimaçant d'une politique mal inspirée.

Les Etats-Unis seront sans doute contraints – et sont en train – de faire marche arrière, avec un probable détour par les Nations unies. Comme ils l'avaient fait en septembre dernier, à propos de l'Irak, sous pression intérieure et extérieure. L'Amérique républicaine, comme le dit Javier Solana, doit cesser de voir le monde en noir et blanc, et de ne croire qu'en sa seule détermination solitaire.

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