Editorial

Face au bourreau réélu

Il ne suffisait pas à Bachar el-Assad de répandre la terreur et la mort en Syrie. Il lui aura fallu en plus se moquer de ses concitoyens, en tout cas de la multitude de ceux qui, à l’intérieur ou chassés sur les routes de l’exil, lui demeurent hostiles. Alors que toutes les priorités sont ailleurs, il a méticuleusement orchestré sa réélection à la tête du pays, poussant le cynisme jusqu’à donner au scrutin des contours prétendument démocratiques. A compter de ce mardi, le président syrien pourra étrenner un mandat tout neuf de sept ans, le troisième depuis qu’il a hérité du pouvoir de son père Hafez el-Assad, en 2000. Pour ceux qui l’ont ardemment combattu, cette perspective est d’autant plus désespérante qu’elle était planifiée de longue date: dès les prémices du soulèvement, au printemps 2011, Bachar el-Assad avait mis les contestataires au défi de l’affronter lors du scrutin de 2014, sachant pertinemment qu’il le verrouillerait à son avantage.

Mais, plus encore qu’un message adressé à la population syrienne, ce scrutin taillé sur mesure a valeur de démonstration de force sur la scène internationale, en direction de tout ce que la révolution compte d’«amis» arabes et occidentaux. En trois ans, ces derniers n’ont cessé de multiplier les erreurs d’appréciation à son sujet quand lui a su tirer profit du moindre de leurs atermoiements pour gagner du temps, affermir sa poigne.

Bachar el-Assad a été, est et restera l’homme fort de la Syrie. Avec lui, la stratégie du tout militaire continuera de primer sur toute autre. Exit l’éventualité d’une transition politique négociée qui prévoyait son retrait. Elle s’était de toute façon déjà échouée sur les rivages de ­Genève 2, en février dernier. Lakhdar Brahimi, le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe, l’a compris en jetant l’éponge le mois passé. Aux diplomaties occidentales maintenant d’en tirer leurs propres conclusions. Sur quel ton et par quels canaux s’entretenir avec Bachar el-Assad, puisqu’il est incontournable? Que peut-on négocier avec lui? A minima, l’accès de l’aide humanitaire pour les Syriens dans le besoin, quel que soit leur bord.