éditorial

Face à la Chine, exiger la réciprocité

EDITORIAL. Partout en Suisse, les partenariats scientifiques avec la Chine se multiplient. Mais la relation économique reste déséquilibrée. Il est temps de changer

Après avoir été le principal réceptacle des investissements étrangers durant près de deux décennies, la Chine s’est lancée à son tour dans une conquête commerciale tous azimuts. Une politique d’achats d’entreprises, d’infrastructures, de technologies ou de savoir-faire agressive, guidée par un Etat central qui suscite de nombreuses interrogations, d’autant que le marché chinois, lui, reste sous le strict contrôle du parti unique.

Pékin en quête de technologie

L’annonce d’une collaboration entre des instituts de recherche de Delémont et de Pékin dans le domaine de la biodiversité est toutefois à saluer. L’investissement chinois est certes modeste, moins d’un demi-million de francs. Mais les perspectives de développement – celui de la lutte contre les espèces invasives – sont prometteuses. Pour le pays le plus peuplé du monde, le passage à une agriculture biologique est aussi un enjeu majeur pour protéger l’environnement.

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Le marché du développement durable en Chine, désormais une priorité du gouvernement, pourrait se révéler fort intéressant pour la recherche helvétique, autant que lucratif pour les entreprises suisses. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’a été signé, il y a deux ans, un «partenariat stratégique innovant» entre Berne et Pékin. Plusieurs collaborations entre instituts chinois et suisses existent dans ce domaine, à l’instar d’un master commun mis sur pied par les universités de Genève et de Qinghua à Pékin. Les deux parties ont tout lieu de s’en féliciter, la réciprocité étant admise.

Le réveil de l’Europe

Il serait bon que ce qui vaut dans le domaine de la recherche soit également appliqué dans celui de l’économie. Or, la vague de rachats d’entreprises suisses par des groupes d’Etat chinois ces dernières années est loin de suivre la même logique. Là où Pékin peut s’emparer sans que Berne bronche d’un groupe aussi important que Syngenta, au nom de la liberté de commerce, il est impensable d’envisager l’inverse, à savoir le rachat d’un géant chinois par un acteur suisse. D’autres prises se sont révélées dommageables, comme le montre la disparition d’Addax Petroleum après être passé sous le contrôle du géant pétrochimique Sinopec.

Tous les investissements chinois en Suisse ne sont pas nocifs, loin de là. Mais il serait temps, à l’heure où la Chine fait miroiter son grand plan de Route de la soie, que les industriels et politiciens suisses se montrent moins naïfs à l’égard des intentions de Pékin. C’est ce que commence à comprendre l’Europe, ainsi que l’a expliqué Emmanuel Macron lors de son récent voyage en Chine: le marché européen sera ouvert aux investissements chinois pour autant que la réciproque soit vraie. Il devrait en aller dans l’économie comme dans la recherche. A l’exemple de ce qui se fait à Delémont.

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