Opinion

Face au défi écologique, la «formule magique» conserve de solides mérites

OPINION. Vouloir modifier la «formule magique» pour en faire un vulgaire décalque des voix récoltées par les partis en lice cet automne serait une erreur, estime Léonard Bender, ancien vice-président du PLR suisse

Les résultats, provisoires – les derniers scrutins de ballottage pour les Etats auront lieu le 24 novembre 2019 –, des élections fédérales ont été marqués par une forte poussée écologiste. Laquelle représente un défi pour notre système politique, malgré sa grande capacité d’intégration et l’étendue de nos droits populaires. Dans le passé, notre pays a dû faire face à de nombreuses grandes épreuves. A chaque fois, il a su résoudre les problèmes posés. Notre situation, enviable en comparaison internationale, atteste de cette réussite.

Ce qui s’est passé le 20 octobre prouve déjà une chose: la Suisse ne vit pas en vase clos, elle participe au monde! Déjà, sur le continent européen, les pouvoirs sont bousculés, ils sont parfois renversés. Les vagues populaires peuvent soit dévaster le terrain de la démocratie, soit l’irriguer. Celle qui a déferlé sur les rives de l’Helvétie sera féconde si une réponse adéquate lui est donnée.

Garder notre optimisme

Plusieurs éléments permettent de garder notre optimisme:

1. La «vague» verte n’a pas fracturé le pays. Toutes les régions, toutes les communes ont, peu ou prou, enregistré cette même poussée. Preuve que l’aspiration à une meilleure prise en compte de l’enjeu climatique est devenue une donnée nationale, qui mérite donc l’attention générale.

2. La «vague» verte, portée sans doute par une inhabituelle mobilisation de jeunes, s’est déployée alors que, dans le même temps, la participation aux urnes a décliné. Cela souligne, a contrario, l’affaiblissement des grands partis nationaux, leur perte d’attirance. Le rajeunissement de la députation fédérale, conjugué à sa féminisation, sera contraignant, à terme, pour toutes les formations politiques. Cette évolution est positive.

3. Seul un pays riche peut se permettre une élection parlementaire presque entièrement vouée aux questions climatiques. Sans doute cela est-il réducteur, mais n’est-ce point aussi une chance? Une Suisse exemplaire, en fin de compte, même s’il y a fort à parier que le calendrier européen prendra rapidement le pas sur les enjeux environnementaux!

Pour accéder à l’exécutif, il ne suffit pas de briller lors des élections fédérales quadriennales

Reste à traduire dans l’action politique le nouveau rapport de force et les nouvelles visions. Ainsi, la «formule magique», qui préside à la composition de notre gouvernement, conserve de solides mérites. Vouloir la modifier, la chambouler brutalement, pour en faire un vulgaire décalque des voix récoltées par les partis en lice cet automne serait une erreur.

Camp «bourgeois» ébranlé

Le Conseil fédéral est élu par les Chambres fédérales, et non par le peuple souverain, lequel a confirmé cette délégation de compétence, le 9 juin 2013, par un score sans appel et à l’unanimité des cantons! Le gouvernement doit être à la fois représentatif et efficace. S’agissant de la représentativité, il convient de considérer à leur juste valeur le fédéralisme et les forces politiques. Un exemple d’actualité: qui oserait endosser la responsabilité de chasser le Tessin, la Suisse italienne, de notre exécutif? La raison l’emportera sur les passions, sur l’euphorie d’un succès à confirmer.

En effet, pour accéder à l’exécutif, il ne suffit pas de briller lors des élections fédérales quadriennales, encore faut-il investir progressivement tous les lieux de pouvoirs, locaux et cantonaux. Or, jugés à cette aune, les Verts, même s’ils en prennent le chemin, n’ont pas encore acquis le poids déterminant. Quant à l’efficacité de l’exécutif fédéral, il suppose permanence et stabilité, ce qui favorise son rôle et son poids dans les institutions.

En conclusion, la vague verte a emporté bien des certitudes. Elle a ébranlé le «bourgeois», cassé les stratégies populistes, décimé les troupes des «vieux camarades» socialistes. Mais, par un étrange paradoxe, elle permettra au champ politique de se renouveler, en se nourrissant d’autres engrais de vie. Notre système donnait des signes d’essoufflement. L’électrochoc du 20 octobre pourrait lui redonner des couleurs, un nouvel élan.


Léonard Bender est avocat, ancien vice-président du PLR suisse.


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