Editorial

Face à Donald Trump, la débandade européenne

EDITORIAL. L’incapacité des Européens – Suisses compris – à protéger leurs entreprises des sanctions américaines contre l’Iran montre qui est le vrai patron de l’ordre mondial

La visite du président iranien, Hassan Rohani, en Suisse, lundi et mardi, sera riche en flonflons officiels et en propos optimistes sur les relations bilatérales. Il n’y manquera que l’essentiel: un aveu clair, de la part du Conseil fédéral, qu’il ne peut rien faire pour protéger les entreprises helvétiques du très long bras des sanctions américaines contre l’Iran.

La promesse d’investissements européens massifs était la contrepartie obligée à l’abandon par Téhéran de son programme nucléaire. Maintenant que les Etats-Unis quittent l’accord et rétablissent des sanctions drastiques contre l’Iran, on pourrait s’attendre à ce que les Européens tiennent bon et tentent de respecter leur part du contrat.

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Il n’en est rien. Les unes après les autres, les grandes entreprises du Vieux Continent annoncent qu’elles abandonnent ou gèlent les projets mis en route en Iran ces dernières années. Le ministre français Bruno Le Maire a placidement reconnu que l’Europe ne pouvait rien faire contre le coup de force américain.

En Suisse, l’administration fédérale a prévenu les entreprises qu’elle ne garantirait pas leurs affaires en Iran contre les sanctions. Invoquer la souveraineté ou l’indépendance de la Suisse n’y fera rien. Il n’existe pas de papier magique que le Conseil fédéral pourrait sortir de son chapeau afin d’immuniser les exportateurs helvétiques contre les foudres de Washington.

Prochaine étape: le pétrole

Le pouvoir de contrainte américain repose sur deux armes combinées et imparables. L’usage universel du dollar oblige presque toutes les banques du monde à se plier aux mesures décidées par Washington. Les «sanctions secondaires» peuvent viser des entreprises non américaines commerçant avec l’Iran, les transformant en pestiférées économiques. Donald Trump a promis d’utiliser ces leviers avec la brutalité nécessaire, y compris contre les Européens. La prochaine étape, a annoncé Washington, sera de «faire tendre vers zéro» les exportations iraniennes de pétrole vers l’Europe, l’Inde ou la Chine.

Quand le président américain a décrété le retrait de l’accord avec l’Iran, certaines voix ont clamé que les Etats-Unis se retrouveraient «isolés» face à un axe Bruxelles-Téhéran-Pékin. Ce n’est qu’une chimère. La débandade des Européens sur l’Iran montre que Washington reste le maître – contesté mais indéboulonnable – du grand jeu mondial.

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