Opinion

Face au fondamentalisme, une Suisse gouvernée par la peur?

OPINION Sophie Buchs, membre de la présidence du PDC Genève, critique le papier de position de son parti national sur le fondamentalisme religieux pour mieux souligner les vertus de l’approche genevoise de la laïcité

Dans une Suisse sécularisée, les questions liées à la religion et sa gestion font une fin d’année en feux d’artifice. Débats sur la loi sur la laïcité qui sera votée à Genève le 10 février 2019 et papier de position du PDC suisse sur le fondamentalisme religieux* présenté le mercredi 12 décembre créent l’actualité.

La loi sur la laïcité, malgré un alinéa franchement problématique sur l’interdiction pour les élu-e-s de porter un signe extérieur religieux en plénière (art. 2 al. 4), pose un cadre libéral sur une question épineuse. Le papier du PDC suisse quant à lui rate sa cible.

Sous le couvert de concepts larges et d’un fédéralisme bon teint, ce papier vise directement la gestion de l’islam en Suisse. A la première lecture, on regrette les grosses ficelles visant à nous faire croire que toutes les religions sont concernées et le manque de bases concrètes pour soutenir les impressions des auteurs (aucun renvoi à des sources, propos généralisants et souvent peu en rapport avec les réalités du paysage religieux de notre pays). A la deuxième lecture, on s’étonne que le PDC tombe si facilement dans le panneau du populisme ambiant.

L’incompréhension du religieux

Dans le numéro de novembre de la revue Esprit («Une Europe sans christianisme»), Olivier Roy démontre de façon brillante qu’en réalité l’Europe gère les questions amenées par l’islam de deux façons: soit en édictant des règles limitant l’expression visible de l’islam et donc en renforçant la sécularisation, soit en affirmant que le christianisme est la culture dominante. La Suisse connaît ces deux types de règle: l’interdiction de la burqa relève du premier type et l’interdiction des minarets du second.

Le PDC veut-il accompagner les changements sociaux ou créer le terreau d’une crise sociale amenée par l’exclusion d’une partie de la population?

Cette attitude complètement paradoxale se retrouve dans la position du PDC suisse. Le PDC suisse affirme en effet les racines judéo-chrétiennes de la Suisse, tout en proposant des règles qui renforceront inévitablement la sécularisation de la société.

D’aucuns pourraient s’en réjouir. Il est néanmoins nécessaire de rappeler que la sécularisation peut aussi renforcer l’incompréhension complète du religieux et donc in fine préparer un terreau propice au populisme et à l’extrémisme. En effet, plus la société est sécularisée, moins elle a accès aux religions dans son quotidien, moins elle les comprend et les connaît. Cet état de déconnexion du religieux crée deux phénomènes: l’incompréhension et le rejet du religieux lorsqu’il est visible et parfois aussi un manque de repères pour certaines personnes qui tendent alors à se réfugier vers des extrêmes.

L’approche genevoise

C’est pour ces raisons que le PDC genevois adopte une attitude différente dans sa gestion du religieux en proposant trois types de mesure. Premièrement, l’acceptation de normes d’encadrement libérales, à l’instar de la loi sur la laïcité en votation en février prochain. Deuxièmement, la mise en place dès l’école primaire d’une pédagogie visant à la compréhension des faits religieux. Enfin, l’obligation dans chaque quartier d’habitation d’une mixité sociale garantissant un certain rempart à l’exclusion et à la radicalisation.

Dans la situation suisse actuelle, ces trois mesures permettent de prévenir avec efficacité et souplesse certains conflits, de construire une société ouverte et de répondre de façon positive aux défis amenés par l’évolution naturelle de cette dernière. Au lieu de s’enfermer dans un discours visant à renforcer la peur de l’autre à des fins électorales court-termistes, le PDC suisse devrait se poser la question suivante: veut-il accompagner les changements sociaux et proposer une vision d’avenir ou créer le terreau d’une crise sociale amenée par l’exclusion d’une partie de la population?

Il me semble que, dans une société qui va inévitablement continuer sa sécularisation, le chemin de la compréhension et de la connaissance nous permettra de construire un pays où le rapport à l’altérité est apaisé.

* «Etat de droit et fondamentalisme, base de discussion sur le vivre-ensemble en Suisse», pdc.ch

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