Editorial

Face à «Irma», la cassure

Le réchauffement climatique amplifie les phénomènes météorologiques. Mais il amplifie aussi le gouffre entre les pays riches et les autres

Harvey, puis Irma, puis José, puis Katia… Les ouragans qui semblaient patiemment attendre leur tour avant d’aller ravager les Caraïbes et les côtes des Etats-Unis ont donné au monde, ces derniers temps, des allures de préparation du Jugement dernier.

Désormais, le gros semble passé, les ouragans s’affaiblissant pour se convertir en simples tempêtes tropicales. Mais, dans le sillage des dévastations, le temps est venu aujourd’hui de ne pas laisser le dernier mot aux sociétés d’assurances, et de réassurances, pour tenter d’évaluer l’ampleur des dégâts.

Voilà un certain temps que les scientifiques le disent: parmi ses effets néfastes, le dérèglement climatique a pour conséquence d’amplifier les phénomènes météorologiques. Rarement, pour ne pas dire jamais, les Etats-Unis n’avaient dû entreprendre jusqu’ici semblable évacuation de la population, puisqu’elle a touché plus de six millions d’habitants pour la seule Floride. Les cartes montraient d’innombrables points scintillant dans le ciel, à l’approche d’Irma: autant d’avions chargés de mettre à l’abri les victimes nord-américaines potentielles.

«Exacerber les vulnérabilités»

Le panorama – faut-il le rappeler? – n’était pas le même dans le ciel de Haïti, par exemple. Haïti? N’a-t-il pas été épargné par Irma et consorts? Officiellement, certes. Mais ici, il a suffi de la proximité des ouragans pour inonder à nouveau des centaines de logements, détruire les récoltes et le bétail dans une partie du pays, rapprocher la menace d’un retour du choléra, apparu dans le pays à la suite du séisme de 2010 puis réactivé par… un autre cyclone, Matthew, en octobre dernier.

Riches et pauvres ne sont pas égaux devant le réchauffement climatique, c’est entendu. Mais ce que ces derniers jours ont aussi fini de démontrer, c’est qu’il en va des effets comme de la cause: à l’aggravation des extrêmes climatiques répond aussi une amplification de la cassure. Ou, comme le disent les spécialistes, les Matthew d’hier, les Irma d’aujourd’hui, les futurs José ou Katia ne font qu’«exacerber les vulnérabilités» de pays comme Haïti, comme le Bangladesh ailleurs, ou encore comme les riverains du fleuve Niger.

Face aux désastres qui s’annoncent, face aux inondations et aux effondrements des glaciers, les pays riches trouveront sans doute la parade. Il suffira d’y mettre les moyens. Mais pour les autres, l’abîme guette: il s’agirait de trouver, de toute urgence, les fonds nécessaires à prévenir les catastrophes de demain, alors qu’ils ont déjà toutes les peines du monde à se remettre sur pied après les calamités de la veille.

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