Ce n'est pas à New York ou à Genève que se tient aujourd'hui la première réunion internationale sur l'aide au Myanmar (l'ex-Birmanie) depuis le passage dévastateur du cyclone Nargis.

C'est à Singapour, en présence de tous les pays membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) dont la Birmanie fait partie depuis 1997. Les bailleurs de fonds prêts à venir au secours des populations sinistrées vont s'y réunir dans l'espoir de faire enfin bouger les capitales asiatiques devant les blocages de la junte au pouvoir à Rangoon.

De ce sommet arraché de haute lutte par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a annoncé son intention de se rendre cette semaine en Birmanie, un seul message devrait sortir: la responsabilité de protéger les deux millions de Birmans déplacés n'incombe pas qu'aux généraux paranoïaques de Rangoon. Partenaires commerciaux zélés de la Birmanie, la Thaïlande, Singapour ou la Malaisie seront sommés d'entrouvrir la porte que la dictature ferme aux Occidentaux présumés ennemis. Leurs volontaires, leurs ONG, leurs médecins, leurs navires peuvent et doivent servir de têtes de pont dans le delta de l'Irrawaddy dévasté.

A défaut de forcer les frontières d'un pays fermé à double tour et quadrillé par une armée pour qui le fait d'asservir la population est une routine depuis un demi-siècle, l'Union européenne et les Etats-Unis doivent pour leur part changer de registre. Après deux semaines d'injonctions presque vaines, le refus par le pouvoir birman des efforts de solidarité internationaux est en effet de moins en moins tolérable.

Trop d'informations parviennent sur les détournements d'assistance ou sur le parcage des déplacés dans des camps de fortune. Si les militaires birmans ne montrent pas à la presse, aux diplomates et aux observateurs que l'aide arrive bien aux victimes, ce crime humanitaire leur sera imputé.

Plutôt que de bloquer les approvisionnements d'aide, indispensables au vu de l'ampleur de la tragédie, l'heure est peut-être venue de faire passer ce message autrement.

Par exemple en liant l'arrivée des secours à la levée de certaines sanctions financières individuelles.

Ou, au contraire, en promettant de poursuivre, devant la justice internationale, tous les officiers birmans pris en flagrant délit d'obstruction humanitaire. öPage4

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