Les images sont presque identiques: partout en Europe, ce week-end, des milliers de manifestants pro-palestiniens ont affronté les forces de l’ordre. La colère engendrée par la reprise des violences au Proche-Orient a, de nouveau, démontré combien elle peut dégénérer dans les rues de nos villes, attisant l’intolérance et son corollaire: une inacceptable vague de slogans antisémites.

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Face à cela, le gouvernement français a, le premier, décidé d’interdire ces protestations. Mais comment croire qu’une telle interdiction puisse, si les hostilités se poursuivent, faire taire l’exaspération et empêcher les heurts entre communautés? La vérité est que plus le Proche-Orient brûle, plus nos sociétés se retrouvent immanquablement prises en otage. A Londres, à Berlin, à Paris, les images des destructions implacables dans la bande de Gaza d’un côté, et le spectacle des missiles du Hamas tirés sur les villes israéliennes de l’autre, attisent nos plaies les plus douloureuses. Surtout lorsque certaines forces politiques, avec cynisme, tentent d’en tirer profit.

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La liberté de manifester et de protester pour dénoncer de telles souffrances, dans la bande de Gaza comme en Israël, doit être défendue. Nos démocraties ont raison de se protéger contre les extrémistes des deux camps qui rêvent d’en découdre. Il est par exemple normal de préserver certains quartiers, de veiller avec vigilance à l’itinéraire des défilés et d’empêcher que les cortèges pro-israéliens et pro-palestiniens n’en viennent à se croiser. Au risque de déclencher le pire.

A l’inverse, bâillonner une partie de la population, sous prétexte de la menace terroriste et islamiste, n’est pas tenable. Au moment où les chaînes d’information font déferler les images poignantes d’immeubles aplatis par les bombes, de civils en train de courir aux abris et de familles décimées, les communautés touchées par cette guerre ont le droit de redire leur indignation, et de faire entendre ici le cri des victimes qui périssent là-bas. Nos sociétés ne sont pas aveugles. Les réseaux sociaux inondent nos téléphones portables d’images et d’informations plus déchirantes les unes que les autres. Protéger nos concitoyens est un devoir. Garder les yeux ouverts sur le drame du Proche-Orient est une obligation.