Deux questions, que rien ne semble relier a priori. Y a-t-il différentes manières d’aborder le problème du «mal radical» qui hante les sociétés humaines? Une œuvre littéraire peut-elle tenter de transcender l’existence de ce mal, sans pour autant reculer devant lui? On verra que la seconde répond implicitement à la première. Commençons par raconter les deux histoires qui les ont inspirées, aussi terribles l’une que l’autre. Le 26 septembre 2014, un bus d’étudiants issus d’une école d’enseignants dans l’une des régions les plus reculées du Mexique était attaqué par un groupe armé qui se livra sur eux à un véritable massacre. Le bilan est lourd: 24 blessés graves, 6 morts et 43 disparus, qui deviendront pour le monde entier les «43 disparus d’Ayotzinapa», vraisemblablement morts eux aussi.