Le covid a ôté une sacrée épine du pied au Conseil fédéral. Arguant que la situation sanitaire était incertaine, le gouvernement a décidé, opportunément, de n’envoyer aucun des siens assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin. Il jure qu’aucune considération politique n’explique sa décision. En tout cas, elle permet à tous les acteurs de sauver la face et d’éviter des tensions avec la Chine.

L’argument de la pandémie évite également aux sept Sages de se positionner directement sur un boycott diplomatique tel qu’appliqué par les Etats-Unis, le Japon ou le Canada qui reprochent à Pékin les discriminations grandissantes dont sont victimes les minorités, comme les Ouïgours.

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Cette non-décision sauve aussi le nouveau président de la Confédération, Ignazio Cassis, peu enclin à se rendre à Pékin. D’autant que sur le plan interne, les pressions se multipliaient pour que le Tessinois suive ces Jeux devant son écran pour ne pas légitimer un régime très critiqué. La ministre des Sports, Viola Amherd, était elle aussi très embarrassée. Du coup, le Conseil fédéral s’est tortillé dans tous les sens, reportant sans cesse son choix définitif. Plusieurs alternatives auraient même été étudiées, comme déléguer le plus pro-chinois des conseillers fédéraux, le ministre des Finances UDC, Ueli Maurer. Ou carrément sortir de sa retraite l’ancien conseiller fédéral Samuel Schmid. Heureusement que ces scénarios alambiqués ont été abandonnés. Ils auraient fâché à la fois les Chinois et les défenseurs des droits humains.

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Soutenir les athlètes suisses depuis Berne évite les fâcheries, mais laisse un goût amer. Cette décision ne résout aucunement les questions de fond. Tout d’abord notre relation à la Chine: elle n’est jamais totalement assumée, alors qu’elle est le troisième partenaire économique du pays. Le discours des autorités devrait être plus clair, mais elles redoutent des réactions d’une opinion publique sensible au sort des Tibétains ou des Ouïgours. D’un autre côté, le Conseil fédéral craint d’irriter Pékin en dénonçant trop franchement les multiples violations des droits humains.

Détérioration depuis 2008

Se cacher derrière la pandémie pour éviter des tensions: d’autres pays ont suivi cette même stratégie peu courageuse, mais elle ne répond pas à un autre malaise: les critères d’attribution des Jeux. Incontestablement, le respect des droits humains doit être pris en compte. C’est le rôle de la Suisse, comme Etat hôte, d’intervenir concrètement auprès du Comité international olympique, pour le convaincre.

La tenue de JO n’améliore pas la situation politique dans un pays. En Chine, elle s’est même détériorée depuis les Jeux olympiques d’été de 2008.

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