Editorial

Face au réchauffement, nous n’avons plus d’excuses

EDITORIAL. L’impact des émissions de gaz à effet de serre sur le climat est connu depuis plus d’un siècle. On peut pardonner à nos aïeux d’avoir légué cette crise aux générations suivantes, faute de connaissances scientifiques. Nous n’avons pas cette excuse

«Les chaudières, dans le monde, brûlent environ deux milliards de tonnes de charbon chaque année. Une fois dans l’air et associé à l’oxygène, cela représente un surplus annuel de sept milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. L’air tend à devenir une couverture plus épaisse pour la Terre, ce qui élève les températures. L’effet pourrait être considérable d’ici à quelques siècles.»

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Ce passage provient d’un article de presse intitulé «La consommation de charbon affecte le climat», publié dans l’hebdomadaire néo-zélandais Rodney and Otamatea Times le 14 août… 1912. Il a de nouveau circulé sur les réseaux sociaux cette semaine, suscitant de nombreux commentaires.

Les conséquences des gaz à effet de serre sur l’atmosphère étaient connues du public il y a 106 ans. Et même plus tôt, comme en témoigne un article scientifique de la revue Nature paru en 1882. Plus près de nous, cela fait cinquante ans que des institutions respectables telles que l’Organisation météorologique mondiale, dont la secrétaire générale Elena Manaenkova s’exprime aujourd’hui dans Le Temps, alertent sur le réchauffement climatique. Pour quel résultat?

Le bilan de mi-saison estivale est déjà catastrophique. Feux de forêts de l’Arctique jusqu’à la Méditerranée mais aussi en Californie, températures record un peu partout, inondations au Japon et en Inde… Le pire, pourtant, est à venir, car le réchauffement climatique s’accélère.

La question à 2 milliards

Voilà où nous en sommes. Ne reste plus qu’une issue: s’engager dans des politiques audacieuses et responsables. Elles sont hélas aux abonnés absents. Les dirigeants ont beau jeu de nous exhorter à manger moins de viande ou à partir moins loin en vacances. Aucun n’a le courage de renverser le système dans lequel nous nous sommes fourrés, celui de la maximisation des profits à court terme, au détriment des ressources naturelles et de la biodiversité.

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La Suisse n’échappe pas à ce constat. Prenons l’exemple des transports, plus gros contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre. Celles-ci étaient en 2015 toujours supérieures à celles de 1990. Si la Suisse voulait véritablement atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris – une réduction de 50% de toutes ses émissions par rapport à 1990 – alors elle proposerait un changement de paradigme complet, par exemple avec d’importantes incitations financières pour l’achat de véhicules électriques, comme la Norvège l’a entrepris. Pourquoi la Suisse, pays parmi les plus riches du monde, s’y refuse-t-elle? Question à 2,3 milliards de francs, soit l’excédent budgétaire qui sera dégagé par la Confédération pour 2018.

On peut pardonner à nos aïeux de 1882 et de 1912 d’avoir refilé la patate chaude aux générations suivantes, faute de connaissances scientifiques précises. Qui nous pardonnera si, face aux terribles certitudes d’aujourd’hui, nous continuons à en faire trop peu, trop tard?

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