Le 26 juillet dernier à 6h30, au Centre EVAM de Vennes à Lausanne, la gendarmerie vaudoise a procédé à l’arrestation brutale d’une famille de réfugiés éthiopiens pour son renvoi vers Nice. En l’absence de la fille aînée alors en camp de vacances, la gendarmerie a laissé le père sur place pour emmener la mère et les trois filles cadettes (de 2, 4 et 10 ans), sans les autoriser à s’habiller. La femme et les enfants ont été livrées à la police de l’aéroport de Cointrin et durant le vol vers Nice, la femme, entravée aux mains et aux pieds, a été placée derrière ses enfants, avec interdiction de se rendre aux toilettes.

L’arrestation par la gendarmerie vaudoise d’une mère de famille dans son sommeil et devant ses enfants, l’interdiction de s’habiller et de faire elle-même son bagage, et la séparation de son mari et de sa fille aînée sont des pratiques dont il n’est pas besoin de souligner le caractère aussi humiliant que traumatisant.

Enfreignant les règles les plus élémentaires du droit humanitaire, actes contraires au respect de l’intégrité et de la dignité de la personne, ces pratiques sont le témoignage d’un inquiétant durcissement policier à l’égard des réfugiés et réfugiées, quel que soit leur statut.

Une année de lâchetés

Depuis une année nous avons en effet été les témoins en particulier:

• de la lâche arrestation et du renvoi de deux jeunes réfugiés qui avaient pris part à une course de solidarité sur le stade de Dorigny;

• des perquisitions policières intimidatrices au domicile de quatre des parrains et marraines de réfugiés menacés de renvoi, parmi lesquels trois membres du Conseil communal de Lausanne;

• de l’arrestation à l’établissement EVAM de Leysin et de la séparation d’une famille afghane pour renvoi partiel en Norvège et de là, fort probablement, en Afghanistan;

• de l’audience de deux personnes, menacées de renvoi Dublin, les fers aux pieds devant le (en l’occurrence la) juge de paix;

• de la surveillance constante dont fait l’objet le Refuge R qui, abrité par la Paroisse du Sacré-Cœur à Lausanne, accueille des réfugiés menacés de renvoi alors qu’ils pourraient bénéficier de la clause de souveraineté inscrite dans les accords de Dublin III (art. 17) au nom desquels ils sont expulsés, etc.

Le Canton de Vaud dispose de finances assez saines pour suppléer à l’éventuel manque à gagner impliqué par les ignobles mesures de rétorsion de la Confédération

Certes, nous n’ignorons pas que les décisions d’expulsion sont celles du Secrétariat d’Etat à la migration (SEM). Nous n’ignorons pas non plus le chantage financier auquel Madame Simonetta Sommaruga, cheffe du Département fédéral de justice et police, s’est permis de soumettre le canton de Vaud et son Conseil d’Etat après avoir dénoncé son «laxisme» en matière de renvois de réfugié-es; cela au lendemain de l’acceptation le 5 juin de l’an dernier d’une nouvelle Loi sur l’asile (LAsi) inspirée par l’aile droite du PLR.

Chantage financier

A ce chantage financier il n’y a aucune nécessité de céder. Le Canton de Vaud dispose de finances assez saines pour suppléer à l’éventuel manque à gagner impliqué par les ignobles mesures de rétorsion de la Confédération. Le gouvernement précédent n’a-t-il pas proposé, par le biais d’une RIE III vaudoise, de diminuer l’impôt sur les entreprises de 22,3% à 13,8%? Il est ainsi parvenu à faire mieux que Donald Trump qui s’est limité à exiger aux Etats-Unis une diminution à 15%…

Obéir au SEM, puis au SPOP, et renvoyer à Nice les membres d’une famille de réfugiés en situation de grande précarité est tout simplement indigne de magistrates et de magistrats qui devraient être conscients des conséquences de leurs ordres d’expulsion. En l’occurrence, la répression qui frappe depuis plusieurs années les exilées et les exilés qui tentent de passer d’Italie en France par Vintimille et la vallée de la Roya a été ignorée, comme a été ignorée la criminalisation dont font l’objet dans la région de Nice celles et ceux qui tentent de les soutenir. De même qu’il y a une désobéissance civile, de même qu’il y a une possibilité (en temps de paix) de refus d’ordre militaire, de même existe-t-il aussi un devoir de désobéissance politique.

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