Charivari

Face au sport torture, quelle posture?

OPINION. Un ami se blesse parce qu’il court trop. Vous le plaignez ou vous pensez qu’il l’a bien cherché? Comment gérer le sport lorsqu’il devient tout-puissant, se demande notre chroniqueuse qui danse passionnément

Vous avez remarqué? Chaque fois qu’un ami, forcené du sport en général et de la course à pied en particulier, vous informe qu’il est blessé, vous êtes partagé(e). D’un côté, vous le plaignez sincèrement, sachant à quel point il est frustrant de ne pas pouvoir mettre son corps en mouvement lorsqu’on a pris l’habitude de voler – c’est-à-dire d’être high avec les endorphines sécrétées. De l’autre, vous vous dites que c’est quand même ballot de pratiquer une activité pour améliorer sa santé et, au final, de mettre sa santé en danger ou simplement en difficulté avec ladite activité. Vous pensez: la nature reprend ses droits et ce que l’homme ne sait pas faire – tempérer ses ardeurs, se bouger, oui, mais sans fureur –, il l’apprend du destin qui le contraint à se reconnecter au bon sens terrien. Vous vous dites encore: et tiens, si Roger, Georges ou Gustave remplaçait cette course effrénée par un simple café avec son voisin? Un peu de lien humain ne pourrait pas lui faire de mal, hein?

On crie de joie

Correct. Sauf qu’avec le sport, il se passe ceci – je le vis avec la danse depuis quatre ans. Un plaisir qui frise l’euphorie. Une double sensation de liberté et de contrôle qui ravit. On est riche de ces moments où le corps est roi. La tête n’est pas inactive, loin de là, elle gère le rythme, contrôle les pas. Mais un tel courant nous traverse que, pour ce flash, on est prêt à négliger une épaule rétive, un genou flagada. D’autant que, dans le cas de la danse, on partage le moment à plusieurs, unis dans ce dépassement de soi. Il n’y a pas un cours où je ne souris pas. Je pratique des disciplines plutôt secouées (zumba, body jam, dance jazz) et le cri accompagne souvent le mouvement. Oui, oui, on crie de joie, comme des enfants. Ou comme des amants. Alors, vous comprenez, une cheville qui grince, à côté…

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Au fond, je suis, moi aussi, Roger, Georges et Gustave. Et seul le manque de temps freine ma fringale. C’est troublant d’admettre que je suis prête à me bousiller un genou – au body jam, les sauts sont souvent assortis de tours sur soi et de réceptions accroupie – pour quelques pics d’euphorie. Un sport qui peut aller jusqu’à l’offense faite au corps, est-ce encore un sport? Ha ha, je vous vois! En lisant ces lignes, les convertis sourient ou grimacent avec moi et les laïcs soupirent devant ce problème qui n’en est pas un – j’ai soupiré pendant quarante-sept ans. Quand commence le mal? Quand finit la joie? Bien malin celui qui adopte la juste posture face au sport qui, crac boum hue, vire à la torture.


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