Editorial

Face à Trump, l’Europe comme seule issue

En optant pour le bras de fer sur le climat, comme sur les questions de sécurité ou les relations commerciales, le président des Etats-Unis met l’Union européenne dans l’obligation de trouver des solutions, et d’incarner l’avenir pour les nouvelles générations

Moins de six mois après l’entrée en fonction de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’Union européenne n’a plus le choix. En «tournant le dos au monde» avec sa décision de quitter l’Accord de Paris sur le climat signé en décembre 2015, comme l’a dit Emmanuel Macron, le président des Etats-Unis a de nouveau fait étalage de son mépris pour cette rive de l’Atlantique.

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Après son sermon budgétaire lors du sommet de l’OTAN – qui le vit intimer à ses alliés l’ordre de dépenser plus pour leur sécurité «par souci d’équité vis-à-vis des contribuables américains» – et après ses attaques répétées contre Angela Merkel et les bonnes ventes américaines de l’industrie automobile allemande, le milliardaire devenu chef d’Etat a montré qu’il n’attendait qu’une chose des Européens: qu’ils se plient aux impératifs à court terme de l’Oncle Sam.

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Qui peut croire, en effet, aux propositions de nouvelles négociations climatiques d’un homme qui s’est vanté jeudi de vouloir remettre «Youngstown dans l’Ohio, Détroit dans le Michigan et Pittsburgh en Pennsylvanie avant Paris en France»? L’impasse est manifeste. Et même si le président français a répété, dans la langue de Molière puis dans celle de Shakespeare, que la porte «restera toujours ouverte» à ce «grand pays» que sont les Etats-Unis, l’heure est venue d’en tirer toutes les conséquences.

La première, susceptible de changer la face de la mondialisation, est la nécessité pour les Européens d’élaborer d’urgence un plan d’action commun s’ils ne veulent pas se retrouver asphyxiés et traités comme de vulgaires vassaux. Or ce plan ne doit pas être que climatique, et il ne doit pas seulement consister à ménager la Chine, l’Inde, ou les grands pays émergents pour obtenir un financement du Fonds vert ou une nouvelle réduction des émissions de CO2. Derrière la dénonciation des accords signés à la COP21 se cache en effet une volonté américaine d’en découdre sur tous les plans. Maître de la surenchère, Donald Trump veut que l’Europe paie, et le plus cher possible. Pour mieux permettre à son pays de poursuivre sa domination militaire, industrielle et technologique.

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L’UE et ses partenaires, dont la Suisse, doivent dès lors riposter. Avec deux objectifs: se positionner comme le continent de l’avenir, fertile pour les nouvelles idées, les nouveaux comportements, les villes intelligentes et les experts du monde entier. Et formuler des propositions de convergence économique claires, compréhensibles pour leurs populations, toujours aussi rétives à ce qui vient de la machine communautaire.

Emmanuel Macron a montré le chemin avec son appel solennel lancé de l’Elysée et cette formule aussi simple qu’éloquente: «Sur le climat, il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B.» Bien vu. Aux Européens, maintenant, de lui répondre, malgré la blessure du Brexit, et les inévitables convulsions politiques occasionnées par les élections françaises et allemandes: «Face à Trump, l’Europe est le seul plan B.»


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