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Jeunes Français et Allemands lors d’un show controversé organisé à proximité de l’Ossuaire de Douaumont, lors de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun, le 29 mai 2016.
© FREDERICK FLORIN

La chronique

Face au tsar et au sultan, où va l’Europe?

Au mois de mai, trois grandes commémorations ont permis de mesurer l’ampleur des différences de mentalité chez Poutine, Erdogan et les dirigeants européens. Dans un monde instable, qu’on dit proche de la guerre, Marie-Hélène Miauton passe en revue le moral des troupes

La promiscuité au mois de mai de trois grandes commémorations a cruellement mis en lumière l’état d’esprit qui y préside selon les pays et les gouvernements. Le 9 mai, à Moscou, c’est une parade militaire d’envergure qui a marqué l’anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, victoire dont Vladimir Poutine ne cesse de rappeler le rôle qu’y jouèrent l’Armée rouge et la Russie tout entière, avec ses 27 millions de morts civils et militaires dans le conflit.

Chiffre abyssal! Il faut regarder ce défilé depuis les dix coups sonnés au clocher de la place rouge, jusqu’à la fin de la manifestation, une heure pile après, pour comprendre le propos. Ici, on parle de la «grande guerre patriotique», on sort «le drapeau de la Victoire», les généraux saluent les troupes par un «Bonjour camarades, bon anniversaire» auquel les soldats répondent par un puissant «Hourra!» Poutine choisit ses mots: joie, mémoire, fête personnelle et familiale de la nation russe, force, certitude, reconnaissance, amour de la patrie, exploit sacré, valeur à transmettre…

Le temps des larmes, passé depuis longtemps, doit faire place à la reconnaissance

Le 29 mai, à Verdun, l’ambiance était tout autre. Le Président Hollande et la Chancelière Merkel, raides et excessivement compassés, affichaient des visages fermés aux regards inclinés. Une commémoration n’est pourtant pas un enterrement et, le temps des larmes étant passé depuis longtemps, il doit faire place à la reconnaissance. Pourtant, le discours de François Hollande n’a pas été dans ce sens.

Il faut dire que la philosophie qui prévaut actuellement en Europe transforme les héros en victimes et donc les victoires en défaites. En outre, il était difficile de rappeler la réussite finale de la France en partageant le podium des festivités avec la partie adverse. Evidemment, pas une mention pour Philippe Pétain, pourtant vénéré de ses troupes.

Il est inconcevable, quoi qu’il se soit passé ensuite, que le révisionnisme historique ôte à ce général jusqu’au mérite d’avoir mené cette bataille. Dès lors, ce fut un discours anecdotique, où les produits toxiques déversés durant la bataille et qui «polluèrent la terre de Meuse» prirent la même importance que le feu des obus.

La colère des Français a empêché que les martyrs de Verdun soient réveillés au son du rap

Où l’érection il y a dix ans d’un mémorial aux soldats musulmans concéda au politiquement correct. Où, enfin, «les forces de la division et du repli», c’est-à-dire les partis populistes, furent présentées comme le seul défi posé à la «Maison commune Europe». Sans oublier le spectacle final que certains jugèrent inconvenant mais qui fut surtout insignifiant dans sa vacuité. Et encore, la colère des Français a-t-elle empêché que ce soit au son du rap que les martyrs de Verdun soient réveillés en ce jour de 100e anniversaire.

Autres lieux, autres mœurs. Le 26 mai à Istanbul, la Turquie fêtait la conquête de Constantinople en 1453 par le sultan Mehmet II. Cette commémoration-là ne concernait pas une victoire contre un envahisseur, comme à Verdun ou à Moscou, mais l’agression à dix contre un d’une ville chrétienne, suivie de pillages, de meurtres et du rapt de jeunes garçons et filles pour les vendre comme esclaves.

Ce triomphe est considéré comme l’acte fondateur de l’Empire Ottoman, ce pourquoi il n’est pas étonnant que le Président Erdogan s’y réfère, lui qui ne cesse de magnifier la Porte Sublime. Son discours ce jour-là s’est avéré ostensiblement conquérant et impérialiste. Il a salué solennellement «les capitales sœurs, de Sarajevo à Bakou» comme si l’immense territoire Ottoman existait encore, sous sa houlette. Feux d’artifice et reconstitutions furent offerts à une foule immense, pleine d’allégresse patriotique.

Démonstration de force et de confiance en soi à Istanbul et à Moscou, témoignage d’épuisement dépressif à Verdun: la comparaison est cruelle entre une Europe qui a honte de son Histoire, et la Russie ou la Turquie qui ancrent sans complexe leur avenir dans la mémoire de leur grandeur. Face au retour du tsar et du sultan, où va l’Europe?


mh.miauton@bluewin.ch

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