Sur les réseaux

Facebook dément vouloir torpiller la campagne de Trump

Ouvertement opposé au candidat républicain, Mark Zuckerberg rassure ses employés en promettant de ne pas utiliser ses algorithmes pour influencer le vote des Américains

Mark Zuckerberg ne porte pas Donald Trump dans son cœur, ce n’est un secret pour personne. Lors d’une conférence donnée à San Francisco, mi-avril, le fondateur de Facebook n’a pas manqué de le rappeler. «De terribles voix appellent à la construction de murs, à la division entre les personnes. Je les entends appeler au blocage de la liberté d’expression, de l’immigration, ils veulent bloquer le commerce et menacent même de couper l’accès à internet»: a-t-il déclaré, sans toutefois mentionner explicitement le nom du candidat républicain à l’investiture américaine.

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En novembre dernier déjà, le développeur de la Silicon Valley avait soutenu publiquement Marwa Balkar, une étudiante marocaine de 22 ans opposée au port d’un badge spéciaux pour les résidents musulmans. «En tant que dirigeant de Facebook, je veux que vous sachiez que vous serez toujours les bienvenus ici et que nous nous battrons pour protéger vos droits et créer un environnement paisible et sûr pour vous», avait-il alors déclaré.

Une hostilité affichée qui a poussé les employés de la société à questionner leur patron via un sondage interne, comme l’a révélé le site américain Gizmodo. «Facebook doit-il contribuer à bloquer l’accès de la Maison-Blanche à Donald Trump?» Concrètement, Facebook pourrait faire jouer ses algorithmes pour filtrer les publications favorables à Trump et valoriser les contenus des candidats démocrates, modifiant ainsi le fil d’actualité des quelque 1,6 milliard d’utilisateurs. Une pratique discutable du point de vue éthique, mais qui demeurerait légale en vertu du premier amendement qui garantit la liberté de la presse et des médias en général. «Facebook peut librement bloquer les messages d’un candidat, s’il le désire», a récemment déclaré le professeur de droit américain, Eugene Volokh, à BFM TV.

Sur Twitter, les déclarations de Mark Zuckerberg ont laissé des traces. «Un milliardaire qui se prosterne devant la Chine en dépit de ses violations des droits de l’homme, mais prend position ferme contre Donald Trump», pointe la journaliste américaine Laura Ingraham.

Trump, une «superstar» de Facebook

«Facebook ne veut que notre bien. Et c’est terrifiant», relève le site d’analyse politique Slate.fr, tandis qu’un internaute déplore un «très joli déni de démocratie, soutenu par les médias». Interrogé dans l’émission «Fox and Friends», Donald Trump est resté fidèle à lui-même: «Je ne peux pas imaginer que Facebook fasse quoi que ce soit. Je suis l’une de leurs superstars». Face à la polémique naissante, Facebook a démenti la semaine dernière toute tentative de sabotage en affirmant qu’il «n’utiliserait pas sa plateforme pour influencer le vote des Américains». Et le média social «d’encourager ses utilisateurs à partager leurs points de vue et à débattre autour des élections».

Au-delà du cas particulier, l’incident – étouffé de justesse – questionne le poids des réseaux sociaux sur les décisions politiques. À l’ère du big data, les algorithmes vont-ils devenir les nouveaux lobbys? Sans tomber dans des théories complotistes, il paraît évident que Facebook possède une force de frappe susceptible d’influencer ses utilisateurs. Comme lors des précédentes élections présidentielles de 2012 où l’introduction du bouton «a voté» avait fait augmenter le taux de participation. «Choisir l’espoir plutôt que la peur demande du courage», déclarait encore il y a peu Mark Zuckerberg. Laisser l’électeur choisir tout court aussi.

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