Polémique

Sur Facebook, l’UDC Vaud fait passer un nationaliste allemand pour un réfugié

La section du parti a partagé la vidéo d’un «activiste» qui dénonce le comportement des réfugiés. Sans préciser son positionnement politique: l’homme est un proche de l’AfD, le mouvement populiste allemand

«De toute façon, nous n’avons pas d’argent. Nous sommes des réfugiés.» Face caméra, un homme présente son quotidien en Allemagne sur un ton provocateur. Il se moque de la police, jugée «impuissante», et se vante de recevoir de l’argent tous les mois. «Vos lois ne me concernent pas», affirme-t-il encore. Pour la section vaudoise de l'UDC, cette vidéo résume l’état d’esprit des réfugiés accueillis en Europe.

La formation a partagé les images sur sa page Facebook, avec ce message: «Nous ne pouvons pas changer la face du monde d’un jour à l’autre, mais nous sommes chacun(e) responsable de donner tort à ce réfugié.» Dans les commentaires, les sympathisants de l’UDC dénoncent avec virulence les propos tenus par l'auteur de la vidéo. «Je déteste les gens que nous aidons et qui nous insultent, occupons-nous d’abord des Suisses économiquement faibles», s’agace un internaute.

Il s'agit d'un politicien

Problème: il ne s’agit pas d’un réfugié arrivé récemment en Allemagne, mais d’un politicien. D’origine congolaise, Serge Menga se met en scène dans des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. Son objectif: dénoncer, par la parodie, la politique d’ouverture de la chancelière Angela Merkel. Les Allemands ont découvert son visage au moment des agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne. Dans une vidéo, qui totalise près de 6 millions de vues, il invitait les suspects à retourner dans leur pays d’origine. Pour défendre ses positions nationalistes, Serge Menga a fondé son propre mouvement, «Das Haus Deutschland» (La maison Allemagne). Il est également en contact avec les populistes de l’Alternative für Deutschland (AfD).

Lire aussi:Agressions sexuelles de Cologne: comment la situation a dérapé 

«Peu importe la réalité»

Sauf que ces informations n’apparaissent pas dans la publication de l’UDC Vaud. Les membres du parti avaient-ils connaissance de l’identité de ce personnage? La secrétaire générale adjointe du mouvement assure qu’elle connaissait bien son parcours. Mais «on ne voulait veut pas mettre l’accent sur le porteur du discours, mais sur le contenu. Le contexte a été donné par d’autres internautes. Nous relayons le discours tenu par certains migrants, qui, par leur attitude témoignent de leur mépris envers notre accueil», indique Cosette Benoit, qui est l’auteure de cette publication.

Plusieurs personnes ont en effet souligné cette absence de contexte. «C’est un politicien d’un parti de droite… N’allez pas croire ce que l’UDC Vaud vous raconte», prévient l’une d’entre elles. Mais rien n’y fait, les réactions s’accumulent sous la vidéo. «Peu importe la réalité des paroles… il devient très important de renvoyer ces personnes sans ménagement», estime un internaute. Quand d’autres affirment: «Mais tuez-les» ou «une balle, et c’est réglé». Des réactions violentes qui sont toujours en ligne. «Nous ne masquons pas les commentaires. Les gens sont responsables de ce qu’ils écrivent», précise Cosette Benoit.

L’auteur de la vidéo réagit

Contacté par Le Temps, Serge Menga regrette de ne pas avoir été prévenu. «J’aurais aimé que ce parti politique prenne contact avant d’utiliser ma vidéo, et que les responsables me demandent mes intentions», indique celui qui se présente comme un «activiste». Un site de la droite conservatrice comme LesObservateurs.ch a relayé sa production. «Quand j’ai réalisé cette vidéo, j’étais sûr que des gens allaient l’utiliser pour faire de la propagande», confie-t-il. Mais sa position est claire: «Des réfugiés se moquent de la loi allemande, c’est la raison pour laquelle je l’ai faite. On doit confronter les gens à la réalité.»

En omettant de préciser le parcours de l’auteur de la vidéo, l’UDC Vaud prend le risque d’être tournée en dérision. «C’est Serge Menga, si jamais, les gars. Mais bien présentée, votre petite publication! Ça marche du tonnerre, dommage que vous en arriviez là. Vous pouvez faire mieux, sans essayer de tromper», s’amuse un internaute. La responsable du parti regrette-t-elle cet effet pervers? «Nous ne cherchons pas à plaire à tout le monde, au contraire, nous suscitons le débat et faisons donc face aux critiques. Mais nos publications s’adressent d’abord à nos membres, à ceux qui se reconnaissent dans les positions que nous défendons», répond Cosette Benoit.

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