Référendum

Facebook, un «champ de bataille» en ligne sur l’avortement en Irlande

Les Irlandais votent ce vendredi sur l'abolition de l'interdiction de l'avortement. Les partisans du droit à l’interruption volontaire de grossesse sortent leurs derniers arguments tandis que le camp du non s’évertue à défendre le «droit à la vie»

Faut-il ou non légaliser l’avortement? Le débat fait rage depuis des semaines en Irlande. En jeu: le 8e amendement de la Constitution et le destin de milliers de femmes contraintes de faire le voyage vers le Royaume-Uni voisin pour effectuer une interruption volontaire de grossesse (IVG), voire de pratiquer un avortement clandestin. Alors que les derniers sondages donnent le oui légèrement en tête, les deux camps se livrent un âpre combat sur les réseaux sociaux.

Echaudé par l’expérience du Brexit et de la présidentielle américaine, Facebook bloque depuis le 9 mai les publicités financées par des groupes étrangers et liées au référendum irlandais. Cela dans le but de «favoriser un débat libre, équitable et transparent». Au-delà de ces ingérences, Facebook garde l’allure d’un champ de bataille à la veille du scrutin, nombre de messages étant précédés de l’avertissement suivant: «Le contenu de ce média est susceptible d’être sensible.»

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«Langage émotionnel»

Après avoir analysé près de 800 contenus publicitaires, le Guardian révèle des différences majeures dans la façon dont les deux camps ont cherché à influencer les électeurs durant la campagne: «langage émotionnel» dans le camp du non, «ton plus légaliste» du côté des partisans du référendum. De même, les opposants se sont focalisés sur les chiffres cumulatifs autour des «vies perdues», les défenseurs sur le nombre de femmes irlandaises qui ont dû quitter leur pays pour subir une opération.

Dans cette nation à forte tradition catholique, l’IVG reste taboue, entachée de honte et de culpabilité. Complètement interdite jusqu’en 2013, elle n’est aujourd’hui légale que si la vie de la mère est menacée. Sur Twitter, le camp du oui s’organise autour des slogans #Inheririshshoes, #Repealthe8th ou encore #Togheter4yes, en tentant de briser le clivage des générations.

Les femmes doivent avoir le contrôle de ce qu’elles font de leur propre corps

«Si le 8e amendement est abrogé, l’avenir des femmes et des filles irlandaises sera plus sûr sur le plan médical et plus doux sur le plan affectif», clame une internaute sur Twitter. «Il s’agit de donner aux femmes le choix de faire ou non quelque chose qui se produit déjà tous les jours de façon illégale et potentiellement dangereuse. Les femmes doivent avoir le contrôle de ce qu’elles font de leur propre corps», renchérit @_melissaharvey.

Témoignages en cascade 

Les personnalités telles que la militante féministe Ailbhe Smyth ont été nombreuses à incarner la campagne. Les inconnues aussi. Dans une vidéo publiée sur YouTube, la ministre des Affaires européennes, Helen McEntee, relaie le témoignage d’une Irlandaise contrainte de se rendre au Royaume-Uni pour subir une intervention.

«Les gens détaillent ici comment l’impossibilité d’avorter les a déchirés en lambeaux. Aucune interdiction n’a jamais eu un impact aussi fort sur la vie d’un être humain que celle-ci», commente @ItsLennnn.

Contre un «permis de tuer»

De leur côté, les défenseurs du statu quo se battent contre l’introduction d’un «permis de tuer». «N’empêchons pas les petites femmes de devenir de grandes femmes, laissez-les vivre. L’avortement est anti-femme et anti-enfant», s’insurge le compte @Savethe8th.

Le groupement d’infirmières @Nurses4LifeIrl craint pour sa part de voir prospérer une «industrie». «L’avortement est un mal, c’est la destruction intentionnelle et délibérée d’un enfant innocent, non encore né. Il ne s’agit pas de soins de santé.»

Choix historique 

Entre la vie et la mort, la virulence des débats suscite le malaise. «Si vous avez la moindre compassion humaine, votre devoir est de voter pour la vie. Le corps d’un bébé n’est pas votre corps, ce n’est pas votre choix de le tuer. L’avortement tue. Votez pour l’amour. Votez pour la vie. Votez pour vos enfants», clame @PeterSweden7. Il s’agit pourtant bien d’un choix. Les Irlandais exprimeront le leur ce vendredi.

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