Revue de presse

Fâché avec la Suisse, Mikhaïl Gorbatchev claque la porte de la Croix-Verte

L’ONG basée à Genève se trouve en quasi-faillite, selon elle. De lourdes accusations de sabotage sont portées contre le président de la section suisse de Green Cross, le Vert’libéral zurichois Martin Baümle. Celui-ci riposte en émettant de sérieux doutes sur la situation financière de l’organisation internationale

La Croix-Verte, soit Green Cross International (GCI), est quasiment en faillite et plus en mesure d’assurer ses engagements financiers. L’organisation non gouvernementale à but environnemental accuse sa section suisse, présidée par le conseiller national Martin Bäumle (Verts’libéraux/ZH) de l’avoir mise dans cette situation. Ce dernier n’a pas souhaité commenter les accusations. En signe de protestation, Mikhaïl Gorbatchev, fondateur de GCI et dernier dirigeant de l’Union soviétique, s’est retiré du conseil d’administration. Le chef des finances et nouveau président, Jean-Michel Cousteau, a également jeté l’éponge. Le fils du célèbre explorateur marin avait été nommé en octobre dernier seulement à la tête de l’ONG pour succéder à Gorbatchev.

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Selon GCI, le refus de Green Cross Suisse de verser sa contribution de membre à la fin de 2016 a précipité l’organisation internationale dans cette crise financière. Depuis, la section helvétique n’a versé que les salaires de certains collaborateurs, mais seulement s’ils remplissaient «certaines conditions». Outre la section suisse, la fille de l’ancien magnat de la finance polonais Jan Kulczyk a aussi cessé ses paiements. Dominika Kulczyk figurait parmi les donatrices les plus importantes. Les contributions des sections italienne, française, ivoirienne et américaine de l’organisation sont également encore dues.

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Dans le détail, les sommes réclamées sont de 1,5 million de francs de la famille Kulczyk et de Green Cross Pologne, de 1,1 million de Green Cross USA et de 118 000 francs de la section suisse. Dès lors, GCI est pratiquement insolvable et ne pourra plus, dès la fin de février, payer salaires, cotisations sociales, loyers et assurances, a expliqué à l’ATS son vice-président, Pierre Muller. L’ONG précise aussi qu’elle va informer les autorités de sa situation et de ses difficultés à obtenir les quelque 2,7 millions de francs manquants.

Dans sa lettre de démission du conseil d’administration, Mikhaïl Gorbatchev ne mâche pas ses mots: le titulaire du premier Prix Nobel de la paix d’après-Guerre froide (en 1990) accuse la section suisse de tentative de prise de contrôle hostile de l’organisation, de non-respect de ses engagements contractuels, de sabotage des décisions du conseil d’administration et de machination. Il rend les «instigateurs» responsables des conséquences actuelles. Parallèlement, l’ancien numéro un soviétique renonce au titre de «président fondateur». Cette décision difficile l’emplit d’une «grande peine», mais la situation présente ne lui laisse pas d’autre choix.

«Gorbatschow gegen Bäumle», titre la Neue Zürcher Zeitung, alors que le Tages-Anzeiger parle d'«Eklat» et titre carrément que «Baümle provoque la démission de Gorbatchev». C’est «la plus grave crise traversée par GCI», avec de sérieux «conflits de pouvoir», selon le quotidien zurichois. Il faut écouter aussi à ce sujet le commentaire radiophonique de la SRF, pour laquelle Martin Bäumle ne fait qu’exiger «davantage de transparence financière». Quant au Tagi, il publie également cette intéressante infographie, qui résume bien la situation:

Dans un communiqué, la section suisse écrit que GCI n’était «jusqu’ici pas prête à fournir les données nécessaires sur sa situation financière afin que la somme réclamée pour 2016 puisse être versée», ce que conteste fermement GCI. Elle avait notamment convenu par écrit avec elle que les contributions soient «versées à des projets de l’organisation et qu’elles ne peuvent pas servir à d’autres fins». Mais «malheureusement, les chiffres […] révèlent des problèmes de liquidités qui exigent des mesures d’assainissement urgentes», selon Martin Bäumle, cité dans le communiqué.

Ce dernier a convoqué une rencontre pour vendredi à Zurich. D’après le vice-président de GCI, il s’agit d’une mesure «fantoche», en l’absence des principaux membres du conseil d’administration. La crise semble ne faire que commencer.


La Croix-Verte

Sollicité par des acteurs non étatiques lors du Sommet de la Terre de Rio, en 1992, Mikhaïl Gorbatchev a fondé la Croix-Verte internationale le 18 avril 1993 lors du Sommet de Kyoto. L’ONG affiche pour ambition d’«aborder les défis liés à la dégradation environnementale, la sécurité et la pauvreté». Elle sensibilise les élites politiques et la société civile grâce à des programmes d’éducation dans une trentaine de pays. Elle s’engage au niveau international pour la gestion des dommages causés par des catastrophes industrielles comme Tchernobyl, pour l’élimination des sites contaminés datant de la Guerre froide et la prévention de nouveaux conflits.

Elle a son siège à Genève et est présente dans 30 pays. L’an dernier, la section suisse a récolté 13 millions de francs de dons et comptait 51 700 membres. Ses objectifs sont soutenus par le groupe parlementaire Green Cross, composé de 28 conseillers aux Etats et d’une centaine de conseillers nationaux, tous partis confondus.

Lire aussi: Les balbutiements de la Croix-Verte à Genève («Journal de Genève et Gazette de Lausanne «, 16.06.1993), avec le fac-similé sur Letempsarchives.ch ici.

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