Des femmes de tous horizons prennent la parole, portent des revendications avec force pour faire émerger une société plus juste. Mais les hommes, que font-ils pour déconstruire le modèle patriarcal? Cet été, notre chroniqueur explore la thématique

«Masculin XXIe», ça te va comme titre pour ta chronique?» Le message du responsable des pages estivales du journal a sonné comme un rappel à l’ordre. Depuis plusieurs jours, je repoussais l’échéance pour ne pas me confronter au poids de la chronique confiée sur les masculinités.

Le sujet macérait dans mon cerveau et commençait à polluer la moindre de mes conversations. Il donne le vertige, l’explorer revenait – dans mon esprit – à s’aventurer sur un fil tendu au-dessus d’une fosse aux lions. La meute fidèle au patriarcat allait-elle sortir les crocs? Allais-je plutôt devenir l’amuse-gueule du clan des progressistes?

La parole libérée

La récente vague féministe libère une parole jusqu’ici étouffée par les masculinistes de tout poil, les râleurs, les conservateurs, les agresseurs, les aigris et les craintifs. Ce petit peuple est vent debout contre ce qu’il perçoit comme une menace pour sa supposée virilité naturelle, au point de répéter à longueur d’interventions médiatiques qu’une force violette le bâillonne, que notre civilisation serait sur le point de s’effondrer. Leur bruyante complainte, marquée par un sempiternel «on ne peut plus rien dire», inciterait à garder le silence. Pour s’en distancier, d’abord. Pour écouter les revendications des femmes, surtout.

Une posture que l’historien Ivan Jablonka invite à prolonger en défendant le principe d’une justice de genre. Son utopie: façonner des «hommes justes». Tout un programme! Il faudrait mesurer le poids du modèle patriarcal dans son quotidien d’homme pour tenter de s’en défaire, morceau par morceau. La tâche est semée d’embûches, tant la masculinité de domination régit nos existences. Un inconfortable exercice d’introspection permet d’en prendre la mesure, comme une bonne claque dans la figure. Il n’est pas impossible, un jour, qu’on puisse réduire le patriarcat en pièces. Pour y parvenir, il convient d’explorer l’origine du mâle.

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