éditorial

Le facteur Trump et les marchés financiers

ÉDITORIAL. La dégringolade récente des marchés financiers a été déclenchée par les tweets de Donald Trump. Même si les bourses apprivoisent toujours mieux l’imprévisibilité, un nouveau pas a été franchi avec ce président américain toujours prêt à dégainer

C’est connu: les analystes financiers ont la caricature facile. Il n’empêche. A voir la dégringolade des marchés ces premiers jours d’août, on se dit que les expressions choisies – «un carnage», «les journées les plus frénétiques de mes dix-huit ans de carrière», «le vrai krach est arrivé» – sont à propos.

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Tout est parti des tweets décochés jeudi soir par le président des Etats-Unis. Il y annonçait une nouvelle salve de sanctions tarifaires à l’encontre de la Chine d’ici au 1er septembre. Bien sûr, le conseiller économique de la Maison-Blanche a tenté vendredi de calmer le jeu en affirmant qu’il y avait des chances que ces taxes ne soient pas mises en place, «car il peut se passer beaucoup de choses en un mois».

Vers une guerre des monnaies

Qu’importe, seule la voix des tweets a porté. Vendredi et lundi, les places boursières se sont effondrées. La Chine a en outre laissé glisser, ce début de semaine, sa devise par rapport au dollar pour faciliter ses exportations malgré les taxes. Faisant craindre le déclenchement d’une sanglante guerre des monnaies entre les deux principales puissances économiques mondiales. Le tout sur des fondamentaux économiques particulièrement fragiles, en zone euro notamment.

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Les bourses ont toujours connu des sursauts en raison de facteurs plus ou moins prévisibles. Ces dernières années, avec l’avènement du trading à haute fréquence – et leurs occasionnels flash krachs – et l’accès toujours plus immédiat à l’information, elles ont dû apprivoiser ce qu’elles détestent le plus: l’imprévisibilité. Aujourd’hui, avec les pouces de @realDonaldTrump prêts à broder des tweets explosifs à toute heure du jour ou de la nuit, une étape supplémentaire a été franchie.

«Attachez vos ceintures»

Car tout paraît désormais possible. Vu les énormités qu’il écrit parfois sur des élues démocrates (ou les fautes de frappe du type «Covfefe»), ce facteur d’un nouveau genre est capable de délivrer n’importe quelle nouvelle sous n’importe quel prétexte. En pleine campagne électorale, la surenchère pourrait durer au moins jusqu’en novembre 2020…

Lire finalement: Août, mois maudit pour les marchés? (29.07.2018)

Le mois d’août a mauvaise réputation pour les marchés financiers. Il y a moins d’intervenants sur les bourses et les cours sont donc susceptibles de monter ou de baisser beaucoup plus rapidement que d’ordinaire. Alors, «attachez vos ceintures», prévenait un analyste en prévision des jours à venir. Même si ces derniers ne sont pas réputés pour leur sens de la mesure, il faut peut-être bien écouter ce conseil. Il peut en effet se publier beaucoup de tweets en un mois.

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