«L'Allemagne vote le changement!» Alors que son parti, la CDU, galope largement en tête des sondages à trois semaines des élections, la candidate à la Chancellerie Angela Merkel n'a nulle peine à soulever l'enthousiasme des foules avec ce slogan simpliste. Le vent qui apporte la victoire enivre. Pourtant, en décembre seulement, le dernier congrès de la CDU réservait des applaudissements polis à sa présidente, espérant secrètement qu'un candidat plus enthousiasmant se déclare parmi les premiers ministres des Länder chrétiens-démocrates. La «fille de Helmut Kohl» a réussi sa métamorphose.

Elle n'a pas seulement changé de coiffure et de ligne de vêtements, pour coller à son image de première femme d'Allemagne. Elle se montre plus tacticienne et autoritaire. Aussi déterminée sur les objectifs, remettre l'Allemagne en mouvement, la présidente de la CDU réussit le tour de force de rester toujours aussi floue sur les moyens.

On verra dans une semaine, lors du duel télévisé entre Angela Merkel et Gerhard Schröder, si, comme le dit la presse allemande, «le seul point fort de la CDU, c'est de profiter de la faiblesse du gouvernement Schröder».

Car malgré les talents de bateleur du chancelier, sa stature d'homme d'Etat et son sens des médias, la campagne électorale du SPD ressemble fort à une tournée d'adieux. Avec peut-être encore le mince espoir d'un repêchage dans une hypothétique grande coalition. Dans le cas où la coalition chrétienne-démocrate et libérale n'arriverait pas à la majorité absolue.

Mais l'Allemagne en panne en a «die Nase voll», ras le bol, de l'équipe au pouvoir. Elle a hâte de prendre congé de la génération des soixante-huitards, des Otto Schily, Wolfgang Clement, Hans Eichel ou Joschka Fischer. Un mépris affiché pour les conventions, des actions rapides et surprenantes, le sens de la provocation, voilà comment ils ont transformé l'ancien parti ouvriériste social-démocrate, et aussi un peu l'Allemagne, les faisant entrer tous deux dans l'ère post-matérialiste, leur faisant adopter de nouvelles valeurs d'ouverture et de tolérance.

Mais sans succès économique, la révolution culturelle a fini par mal tourner. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que de voir une Allemagne prête à élire une chancelière qui lui promet un programme plus douloureux que celui de la coalition rouge-verte.

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