Opinions

Le FAIF, un marché de dupes

Xavier Berthod, entrepreneur en transports routiers, rejette le projet FAIF qui, selon lui, sert principalement à éponger le déficit d’exploitation des CFF

Le projet FAIF ne sert qu’à éponger les déficits d’exploitation des CFF

L’offre a de quoi séduire: «Le FAIF [Financement et aménagement de l’infrastructure ferroviaire] assure un financement sûr et équitable et garantit notre ­mobilité!» Rares seront ceux qui s’opposeront à cette idée. Et cependant: cette jolie description revient en effet à une deuxième tromperie, cela suite au rejet clair et net de l’augmentation exagérée du prix de la vignette autoroutière par le peuple et les cantons, lors des dernières votations.

Au fond, le FAIF a pour seul objectif de cimenter l’utilisation détournée de fonds routiers et le pillage du porte-monnaie des automobilistes, des pendulaires et des contribuables. De ce fait, il ne sert en fin de compte pas les transports publics.

En premier lieu, il convient de relever qu’en principe personne n’a rien à objecter contre les transports publics. Nous en avons besoin autant que nous avons besoin de la route, sur laquelle se déroule 75% de la mobilité. Le projet FAIF ne relève cependant pas des transports publics, il s’agit tout simplement d’un projet démesuré en faveur du rail: il vise avant tout à amortir les problèmes immenses des CFF avec leurs déficits d’exploitation et d’entretien, et non à développer les transports publics.

On oublie intentionnellement de dire que quatre arrêts sur cinq des transports publics sont en fait situés au bord de la route et que dans beaucoup de régions, la majeure partie des transports ­publics sont effectués par des cars postaux et des bus ou, en ville par des trams. A l’échelle de la Suisse, le taux d’occupation de nos «trains bondés» est en effet de 30%. Cela veut dire qu’outre les heures de pointe et quelques itinéraires, tels qu’entre ­Lausanne et Genève ou Viège et Berne, où des investissements sont sensés, les trains sont presque inoccupés. S’y ajoute que le Conseil fédéral et le parlement ont déjà laissé entrevoir 280 millions pour l’aménagement du réseau ferroviaire à l’Italie voisine…

Seuls 25% des 6,4 milliards que le peuple et les cantons sont maintenant censés allouer reviendront effectivement au dé­veloppement de l’infrastructure en Suisse! Tout le reste, soit 75%, sera utilisé pour couvrir les déficits d’exploitation et d’entretien des CFF accumulés depuis des ­années. Ces coûts seront en outre encore fortement augmentés pendant les années à venir par le projet Rail 2000 et l’inauguration des deux tunnels de base de la NLFA.

En d’autres termes, le projet n’offre pas de solution aux problèmes véritables. Au contraire: des coûts supplémentaires de l’ordre de milliards nous attendent, et des augmentations d’impôts ainsi que des redevances ­élevées seront incontournables pour les couvrir. Ce n’est pas par hasard que la Conseillère fédérale Doris Leuthard annonce déjà, à titre préventif, avant même la votation populaire du 9 février 2014, d’ultérieures augmentations des prix de billets et d’abonnements. Et cela après que le Conseil fédéral eut indiqué, à l’origine, ne vouloir investir «que» 3,5 milliards dans l’aménagement ferroviaire. Même l’ancien chef des CFF Benedikt Weibel se demande si cela est le bon chemin.

Le projet FAIF constitue donc uniquement un outil de financement destiné à éponger les déficits d’exploitation des CFF, une entreprise qui verse chaque année plus de 1 million de francs à son chef – soit le double d’un conseiller fédéral.

Ceux qui devront passer à la caisse seront les automobilistes, les pendulaires et les contribuables. Déjà aujourd’hui, seuls 3 milliards à peine sur plus de 9 milliards payés par les automobilistes et les transporteurs affluent dans la caisse routière. Le reste est détourné de sa fonction. Le projet FAIF institutionnalise cette utilisation détournée des fonds routiers. Et pour combler les trous, le Conseil fédéral a déjà annoncé qu’il augmenterait une nouvelle fois le prix de l’essence au printemps… Cette augmen­tation, de l’ordre de 20 à 40 cen­times par litre, nous toucherait tous, les automobilistes et ­l’économie! Pour un réservoir de 60 litres, la différence reviendrait facilement à 24 francs par remplissage.

De plus, le projet ne part pas seulement du principe que le prix de l’essence devra être augmenté: la TVA aussi devra être ­rehaussée pour en affecter une partie à des buts précis. L’en­semble des consommateurs sera donc directement et irrévoca­blement concerné. Tout cela n’est rien d’autre qu’un deuxième marché de dupes, le premier ayant été la volonté d’augmenter le prix de la vignette. Sinon, pour quelle autre raison le Conseil fédéral aurait-il voulu faire passer cette augmentation en novembre dernier?

Les premiers à devoir passer à la caisse seront cependant les pendulaires: le plafonnement de la déduction pour les frais de transport les concerne presque sans exception. La distance moyenne parcourue pour se déplacer au travail s’élève actuel­lement à 14,2 kilomètres, et 1,9 million de personnes en Suisse sont obligées de les effectuer en voiture. Aujourd’hui, il est encore possible de déduire jusqu’à 4475 francs pour ces ­trajets. Le FAIF limiterait ce montant à 3000 francs. En outre, de nombreux cantons ont déjà annoncé qu’ils modifieraient éga­lement leurs lois fiscales, obligeant les personnes actives concernées à payer bel et bien 1000 à 1500 francs d’impôts en plus. Cela concerne aussi les usagers de train, qui sont déjà tenus de payer davantage pour leurs billets et abonnements!

Directeur et membre du conseil d’administration de l’entreprise de transport du même nom ayant son siège à Sion. L’entrepreneur préside en outre l’ASTAG Valais romand

Ceux qui devront passer à la caisse seront les automobilistes, les pendulaires et les contribuables

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