Premier responsable de cette catastrophe annoncée, le président Delieutraz. Ce juge, peu porté sur les règles de procédure et souvent maladroit, a tenté de gérer en solitaire un dossier visiblement trop lourd pour ses épaules.

Mais il n’est de loin pas le seul à devoir supporter le poids du ridicule qui s’est déjà abattu sur l’institution. Ses collègues de la Cour ont largement participé à cette fuite en avant. Sans doute pour tirer le juge d’un mauvais pas, certainement pour sauver cet important procès d’un report aux calendes grecques, la juridiction a préféré fermer les yeux sur la manœuvre plutôt que de crever l’abcès et d’affronter cette théorie fragile de l’honnête tricherie nécessaire pour constituer un jury.

Des motifs moins nobles – aucun autre magistrat ne s’est pressé au portillon lorsque le président a offert sans grande conviction de se retirer – ont aussi participé à la décision de refuser trop légèrement cette récusation et donc de laisser s’ouvrir les débats dans une grande incertitude. Cette stratégie s’est révélée franchement mauvaise. Le désaveu du Tribunal fédéral le démontre.

Enfin, la débâcle de la BCGE ne serait sans doute pas devenue celle du troisième pouvoir si celui-ci avait à sa tête un patron qui sache guider la maison et donner l’exemple. A Genève, c’est le procureur général qui assume cette fonction. Or Daniel Zappelli, lui-même sanctionné dans un autre dossier, est loin d’incarner ce type de directeur de conscience. En raison de cette responsabilité largement partagée, il faudra certainement beaucoup de temps à la justice pour se remettre de ce cauchemar.

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