Et si les Français étaient plus disposés aux réformes qu’on ne le pense? Et si ce pays, où une partie de la jeunesse et des entrepreneurs sont contraints de ronger leur frein, adhérait plus qu’on ne le dit à la «transformation» dont Emmanuel Macron a fait son leitmotiv? Ces questions forment l’arrière-plan du contexte social hexagonal, et de la première journée de manifestations, ce mardi, contre les ordonnances destinées à réformer le Code du travail pour rendre le marché de l’emploi plus flexible.

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A l’évidence, le nouveau locataire de l’Elysée pense surmonter les obstacles dressés par la CGT et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Pour le président élu le 7 mai contre Marine Le Pen, le débat politico-social a été tranché. Dans son long entretien de seize pages au Point, le chef de l’Etat français a martelé sa conviction d’avoir obtenu dans les urnes un mandat clair, ce que les sondages confirment en partie. Certes, une moitié de ses concitoyens demeurent inquiets, peu convaincus par les ouvertures libérales de son gouvernement réclamées de longue date par les patrons. Mais à lire plus en détail ces enquêtes, leur jugement est nuancé. Ce que beaucoup de Français sont prêts à accepter est un «donnant donnant» qui leur offre plus de latitude individuelle. Ce qu’ils réclament est une amélioration sur le front de l’emploi, et un volontarisme pour endiguer la paupérisation économique des villes moyennes et de nombreux territoires.

La méthode employée par Emmanuel Macron, qui consiste à ouvrir le chantier social dès le début de son quinquennat, est donc la bonne. On sait ce qu’a coûté à la France l’attentisme de ses prédécesseurs. L’on ne peut, en revanche, que regretter son écart de langage, en marge d’un discours sur l’Europe à Athènes. En déclarant vendredi en Grèce qu’il ne cédera rien «ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes», le président français s’est montré inutilement provocateur et désobligeant. Comme s’il voulait, au seuil de l’épreuve sociale attendue, discréditer ceux qui, dans la rue, s’apprêtent à contester sa politique.

Ceux qui, parmi les Français, s’avouent déboussolés et inquiets ne sont pas fainéants. Quelles que soient les conséquences parfois néfastes de dispositifs sociaux trop généreux, ou trop faciles à détourner, toutes les études montrent que les salariés hexagonaux sont plutôt très productifs, et les entreprises suisses présentes en France, tout comme celles qui emploient des frontaliers, le confirment régulièrement. Avec de tels mots, qui plus est prononcés à l’étranger, ce turbo-président à peine quadragénaire, aux racines provinciales mais à l’itinéraire si élitiste, si financier et si parisien, nuit à l’efficacité de son message et à l’indispensable pédagogie sur le besoin d’une «transformation». Emmanuel Macron a raison d’agir vite. Mais à la condition expresse de respecter ses adversaires. Et d’éviter, dans un pays miné par la défiance, le piège de l’arrogance et du manque d’empathie.