Ce lundi matin, une petite cinquantaine d’heures après le choc des attentats de Paris, les médias sont encore sérieusement sonnés. Après la relation des faits, les premières analyses, les éditions spéciales tous azimuts, les débats, les prises de parole innombrables, la question qui revient sur toutes les lèvres, c’est: «Et maintenant, on fait quoi?» On traque les malfaiteurs, on fait le deuil, on soigne les blessés, évidemment, mais à plus long terme?

Comment renforcer la sécurité sans restreindre les libertés démocratiques que piétinent les terroristes, par exemple? Question clé. «La colère et la volonté de faire bloc» mais aussi de «rendre coup pour coup» étaient au cœur des analyses de la presse de dimanche, qu’a lue BFMTV. Mais les points d’interrogations se multiplient, et dans l’avalanche des commentaires et autres témoignages, l’ex-premier ministre français Dominique de Villepin a marqué les consciences, par une analyse que beaucoup ont trouvée lucide, supérieurement intelligente, sur France 2, même si elle peut apparaître un peu désespérante pour l’avenir.

«Le début de la fin»?

Même si certains, comme Ana Swanson sur le Wonkblog du Washington Post – repérée par Courrier international – juge que ces attentats-là pourraient «sonner le début de la fin» pour l’Etat islamique, opinion que partage le site économique chinois Caixin Wang: «Dès lors que l’Etat islamique […] a franchi la limite absolue […], le point de non-retour est proche.» Il prédit ainsi qu’il «sera rapidement brisé, comme en son temps le pouvoir des talibans afghans». Ce qui se discute, évidemment…

Autre point de vue dans la presse israélienne, pas exemple, qui n’y va pas par quatre chemins en écrivant, comme Maariv: «L’Etat islamique mène désormais sa guerre au cœur de l’Europe. Bienvenue au Moyen-Orient.» Et dans Yediot Aharonot, un chroniqueur militaire prévient: «La facilité avec laquelle les terroristes […] ont opéré est […] la conséquence paradoxale d’une valeur fondamentale de l’Europe: la liberté de circulation. […] Longtemps réticents, les Européens vont devoir trancher le dilemme cornélien entre les droits de l’homme et la lutte contre le terrorisme.»

Eviter la désintégration sociale

Dans le Guardian, l’éditorialiste et ancienne rédactrice en chef du Monde Natalie Nougayrède – citée par Le Soir de Bruxelles – parle d’une France qui craint l’avenir. Résultat: «Le populisme et l’extrême droite vont plus encore propager la haine. […] L’élément clé sera maintenant la manière avec laquelle les responsables français vont envoyer les signaux qui éviteront le type de désintégration sociale et de rupture nationale que ceux qui ont orchestré cette dernière boucherie veulent provoquer.»

«Saurons-nous […] répondre?» se demande pour sa part 24 heures dans son très long éditorial. Engager «une action à de multiples niveaux, de longue haleine. Refuser avec intransigeance le discours extrémiste, frapper fort et dur les nids de radicalisation paraît une mesure indispensable et urgente. […] Si mobiliser quelques milliers de militaires pour quadriller les rues de Paris ne prend que quelques jours, rattraper le temps perdu dans les banlieues, éduquer, créer de l’espoir, intégrer, fédérer ces enfants perdus de la République.»

Edition spéciale du «Temps»

La presse suisse dans son ensemble prône la résistance, mais est divisée sur les réponses à apporter à la barbarie, relève l’ATS dans sa propre revue de presse du jour, notamment citée par L’Hebdo. Quant à l’édition spéciale de 12 pages du Temps, publiée ce dimanche, une version numérique (PDF) est à disposition ici.

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