Londres, quinze jours après les attentats du 7 juillet dernier, est à nouveau sous le choc d'une attaque terroriste, même si, une nouvelle fois, la ville garde son calme. Si l'on ne connaît pas encore très précisément le mode opératoire de ses auteurs, la similitude des quatre explosions, qui n'ont heureusement pas fait de victimes, oblige une grande métropole européenne à devoir envisager de vivre durablement avec la peur de récidives. L'enquête apportera des éléments essentiels sur la vraie nature de cette seconde attaque: une action comparable à la première ou une tentative d'imiter, même grossièrement et peut-être de manière précipitée, le premier attentat. Une seule certitude, Londres fait face à une réplique de la haine.

Cette haine, dont l'islam idéal est le prétexte revendiqué, est difficile à appréhender. Comme l'explique Thierry de Saussure (lire en page 4) ainsi que notre enquête, le fanatisme à l'œuvre relève d'une déviance religieuse et d'une perversion de l'esprit humain. Il ne peut sans doute pas se résumer au seul «choc des civilisations» qui serait voulu, fomenté, par des cerveaux qui ont déclaré la guerre aux valeurs occidentales. Les cellules terroristes se basent sur une idéologie très primaire, qui a pour but évident de terroriser les démocraties et de les amener à la faute du tout-sécuritaire. Mais elles ont également pour effet majeur de susciter le discrédit et la suspicion sur le monde musulman, le premier à avoir rencontré et subi cette barbarie.

Que faire contre des mouvances qui s'endoctrinent sur Internet davantage que dans les mosquées, et qui s'enflamment au sein de petits groupes de gens bien sous tous rapports? Beaucoup des méthodes classiques de lutte contre le terrorisme s'avèrent inopérantes. Nous commettons sans doute une erreur à vouloir réduire ces agissements à ceux de combattants de Dieu bien organisés et poursuivant une stratégie politique très précise. Nous devons admettre une nouvelle forme de fanatisme de nature à la fois pathologique et de régression nihiliste qui prend les religions en otage. Et qui n'a aucun scrupule à frapper des innocents, quelle que puisse être leur obédience religieuse ou culturelle. Si Tony Blair a raison sur un point, c'est bien de répéter que les valeurs de liberté et de tolérance confessionnelle sont notre seul salut face à un mouvement radical qui répudie toute forme de négociation. Le sursaut appartient bien entendu aussi aux communautés musulmanes, qui ont besoin de notre confiance pour vaincre des déviances qui ne sauraient parler en leur nom.

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