Le Congrès américain a donc adopté ce jeudi une loi prévoyant de sanctionner les responsables chinois appliquant les nouvelles règles sécuritaires répressives contre Hongkong et de cibler les banques qui les financent. Le vote a évidemment et logiquement provoqué le courroux de Pékin:

Mais quoi de plus? Stimulé par sa maîtrise du Covid-19 et l’isolationnisme du grand rival américain, le pouvoir chinois multiplie les terrains d’affrontement avec le reste du monde, sans crainte apparente des condamnations et sanctions internationales.

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Pékin a aussi menacé jeudi le Royaume-Uni de représailles si celui-ci étendait les droits à l’immigration pour les Hongkongais à «au moins cinq ans», après la mise en œuvre dans l’ex-colonie britannique de la fameuse loi chinoise controversée sur la sécurité nationale, «qui reste d’ailleurs très floue sur les délits qu’elle couvre», selon France 24 (ci-dessous). C’est «le meilleur moyen dont dispose un système autoritaire pour exercer un contrôle maximal: […] être imprévisible, confirme la Neue Zürcher Zeitung. Quand les sujets ne savent pas précisément ce qui est autorisé et ce qui est interdit, une grande majorité d’entre eux préfèrent faire le choix de la sécurité et ne pas tenter le diable – tel est le calcul que font les dirigeants communistes.»

«Décision […] louable mais insuffisante», selon le Times de Londres, que relaie Courrier international. Dominic Raab, le secrétaire d’Etat au Foreign Office, «a raison quand il affirme que ce décret constitue une violation «claire et grave» de la déclaration conjointe sino-britannique [signée en 1984 et fixant la rétrocession à 1997]. Les Hongkongais soupçonnés d’activités terroristes ou séditieuses risquent aujourd’hui la prison à vie, ou d’être assujettis à une surveillance étouffante.» Mais c’est trop tard, Londres a trop «longtemps fermé les yeux sur les agissements de la Chine» et s’est ainsi «s’est rendu complice d’un Etat totalitaire».

Le prix du silence

Le site Eurotopics.net a justement fait un tour des médias européens pour voir comment ils protestent, même si le geste apparaît bien vain. Il cite notamment le quotidien danois Berlingske, selon lequel «face à la brutalité […], les Européens observent le silence. […] Ce silence a un prix: les limites de la démonstration de la puissance militaire des Chinois sont assez vagues, et elles menacent la paix notamment sous nos latitudes. […] Les Européens privilégient le commerce aux principes tels que la liberté, la démocratie et la liberté d’expression», mais il est maintenant «temps que le Danemark et les autres pays de l’UE fassent entendre leur voix et imposent des sanctions contre la Chine».

«Ainsi recule la liberté: dans le silence», écrivent aussi Les Echos. Qui n’ont pas oublié Tiananmen et «les sanctions, on s’en souvient, […] qui avaient conduit à l’isolement [de la Chine] sur la scène internationale, au moment où Deng Xiaoping tentait un rapprochement avec l’Occident. Rien de tel aujourd’hui. Pourtant, ce qui se passe à Hongkong heurte les valeurs de l’Europe dans leur fondement même. […] L’Union européenne a beau représenter le plus grand bloc commercial de la planète, elle semble tétanisée à l’idée de froisser son principal partenaire économique derrière les Etats-Unis. Si Xi Jinping craignait encore une quelconque marque de fermeté de la part de Bruxelles, le voilà rassuré. A quoi bon oser taxer la Chine de «rival systémique», comme on le dit maintenant à Bruxelles, si les actes ne suivent pas?»

Une «tache noire»

Aux yeux de L’Opinion, «le Parti communiste chinois est entré le 1er juillet dans sa centième année, mais il n’a rien perdu de sa mémoire et de son savoir-faire de dictature». La mise au pas de Hongkong demeurera «comme une tache noire sur un régime […] et celui qui le dirige, le tout-puissant Xi Jinping. […] Hongkong n’est désormais plus Hongkong. […] Ce n’est pas la première fois que le président chinois utilise la force pour imposer l’ordre dans son pays. Mais la férule qu’il a installée […] est cette fois bien davantage qu’une manifestation de plus de son mépris des règles de la démocratie et des libertés publiques.»

Hongkong serait «la Crimée de la Chine», juge le quotidien finlandais Savon Sanomat, lançant cette audacieuse comparaison précisément au moment où Vladimir Poutine «poursuit le même objectif» avec sa réforme constitutionnelle qui le met au chaud jusqu’en 2036. Ria Novosti approuve d’ailleurs «le fait que la Chine s’oppose aux pressions extérieures»: «Les dirigeants chinois avaient deux options. Soit céder au chantage pour aboutir au sud du pays à une réelle enclave séparatiste susceptible de se livrer à des agissements de toute sorte. Soit envisager des sanctions tout en maintenant l’unité du pays, essentielle au nationalisme chinois.»

Un «cataclysme»

Mais pour le portail web pro-gouvernemental russe, «le dilemme, c’est que les avantages économiques à court terme (qui pourront évidemment être réalisés, ne serait-ce que par l’absence de sanctions) ne sauraient en aucune façon compenser les dommages économiques que la Chine aurait à subir si elle n’avait pas coupé court au processus de désintégration, maintenant à Hongkong.» C’est que «l’ampleur du cataclysme se dessine au fil des heures», constate Libération. Et…

… Les habitants de l’ancienne colonie britannique réalisent à peine que leur société, libre encore mardi matin, a basculé dans un régime autoritaire après ce que la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, qualifie de plus important développement dans les relations entre la Chine et Hongkong

Au point que le site Atlantico.fr se demande: «Sommes-nous au cœur d’une nouvelle guerre froide?» Celle-ci «reposait sur un équilibre des forces par la terreur. Le danger, c’est que cet équilibre n’existe plus. Le monde occidental est profondément fragmenté. Donald Trump n’adhère plus au multilatéralisme, tandis que la France d’Emmanuel Macron s’y cramponne, persuadé que la France et l’Union européenne ne peuvent «peser» autrement. […] Ce que l’on peut craindre, c’est un dérapage, une irrationalité et un rapport de plus en plus passionné qui opposera la Chine à ses adversaires.»

Alors, quel scénario ensuite?

«La passion dans les relations internationales n’augure jamais rien de bon. Il n’est pas impossible de penser que le choix pour Pékin de passer à l’offensive interviendra à l’automne c’est-à-dire à la veille des élections présidentielles américaines. Sauf, si les parties en présence décident de jouer la carte de l’apaisement.»

Mais le Times le peint, ce scénario, de manière inquiétante: «Les démocrates à Hongkong savent qu’ils ne pourront pas faire grand-chose seuls. Leur seul espoir, c’est de plaider leur cause à l’étranger, afin de faire pression sur la Chine. […] Le représentant du mouvement pro-démocratie, Joshua Wong, compare la situation à l’emploi d’un canari dans une mine de charbon. La mort de l’oiseau, causée par les gaz toxiques, avertit tout le monde»…

… Hongkong mise au pas, Pékin ne pourrait-il être tenté de placer Taïwan sous son contrôle direct, et d’utiliser sa puissance militaire croissante pour défier l’Inde, voire le Japon? Un scénario qui devrait nous inciter à braver la Chine avant qu’il ne soit trop tard

Pour la Frankfurter Rundschau, en revanche, la nouvelle loi «apporte la preuve de la faiblesse» de Pékin: «Aucun empire n’est éternel. Chaque jour, la Chine se délite un peu plus sous le poids de ses contradictions – sa gestion du coronavirus, des Ouïgours, des dissidents ou de Hongkong, […] une oppression insoutenable, [tout cela] donne à voir un monstre démentiel, blessé à mort, qui gesticule furieusement et abat indifféremment tout ce qui se trouve à sa portée. La Chine? Ses jours sont comptés.»


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