D'abord le soulagement. Mais de courte durée, car l'«échec» de l'initiative de l'UDC, s'il se confirme après les recomptages éventuels, tient de l'erreur statistique. Et en termes politiques, il n'est pas trop fort de parler de victoire du parti de Christoph Blocher. Seule contre tous, l'UDC a conquis la majorité des cantons et la moitié des voix populaires. Jamais elle n'avait obtenu un tel score. Et c'est la Suisse romande qui a empêché à l'arraché Christoph Blocher de hisser l'oriflamme de la victoire sur le réduit national. Ne le cachons pas, ce quasi-triomphe de l'UDC constitue un tremblement de terre politique. Il serait illusoire de vouloir le minimiser comme on le perçoit déjà dans l'écho des premières réactions des ténors bourgeois.

L'UDC a un demi-pied à l'intérieur du gouvernement, avec un conseiller fédéral en stabulation libre, humilié par les maîtres de son parti qui se positionnent en opposition frontale. Cette situation n'est plus tenable. Elle doit être clarifiée. Soit il faut sanctionner un état de fait et bouter l'UDC hors du gouvernement. Soit il faut oser intégrer pleinement l'UDC blochérienne au sein du collège. Avec deux élus qui représentent la ligne du parti. Et pousser ce dernier à prendre ses responsabilités et mettre en avant les contradictions de ses propositions populistes. Ce pourrait être la stratégie de l'«étreinte», éprouvée en Autriche, qui a vu les populistes s'effondrer après leur entrée au gouvernement. La donne politique suisse est certes particulière, la stratégie risquée, mais c'est peut-être le seul moyen d'endiguer aujourd'hui la montée de l'UDC.

Le climat politique va devenir pesant. Une première impression en sera donnée le 4décembre avec l'élection du successeur de Ruth Dreifuss. L'UDC aura beau jeu de poser au parlement la bonne question: comment lui refuser un deuxième siège alors qu'elle vient de montrer sa capacité à mobiliser la moitié du pays? Toni Bortoluzzi ne sera pas élu, mais le véritable enjeu des élections de 2003 sera clairement posé.

Un mot encore de la politique d'asile. Les effets dévastateurs de l'initiative sont écartés. Mais un signal au-delà de la clarté a été donné. Un nouveau tour de vis est annoncé et l'UDC, plus que jamais, continuera à donner le ton dans ce domaine. Ce durcissement ne résoudra pas tout. Nous ne faisons pas face à une déferlante de réfugiés, nous sommes face à un problème d'immigration: 90% des demandeurs d'asile sont en fait des exilés de la misère. Une loi sur l'asile ne peut pas répondre à elle seule à cette problématique. C'est toute notre politique des étrangers qui doit être repensée. Faute de quoi le peuple suisse plébiscitera la prochaine initiative de l'UDC.

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