Je suis à Sète. Aujourd’hui, le ciel est bleu et les mouettes sont à nouveau à la fête. Mais lundi, le ciel était bas, le soleil pâle, et la mer ressemblait au Léman, tant elle jouait à la Belle au bois dormant. Dans ma tête, Sète est estivale et chantante. Quand j’y viens, à la belle saison, les terrasses sont bondées, les marchés regorgent de produits gourmands et les badauds se chambrent avé l’accent.

Lundi, la ville de Paul Valéry avait enfilé un manteau d’hiver et portait une écharpe de mélancolie. Ce qui va aussi. Passé la surprise, on redécouvre les façades du Grand Canal qu’on ne voit jamais quand la foule fanfaronne, on marche main dans la main sans craindre les follos à moto et l’on rêve, comme assoupis, alors que d’ordinaire on est plutôt en mode rodéo. On «fait avec», comme le recommande la nouvelle exposition du CRAC, le passionnant Centre régional d’art contemporain basé à Sète.

«Faire avec». Le titre de cet accrochage signé Eric Baudelaire s’affiche en grandes lettres bleues sur la paroi du musée et incite à la réflexion. Avant de prendre cette expression du côté de la résignation, je l’ai d’abord lue dans son sens positif. «Faire avec» en opposition à «faire contre». Et j’ai souri en pensant à cette France qui, systématiquement, se dresse contre toutes les réformes, balaie toutes les propositions.

Parce que la curiosité l’emporte toujours sur la méfiance, je suis plutôt quelqu’un qui «fait avec». Comme ce soir, il y a dix ans, où mon fils ado me dit calmement: «Maman, ta vie est médiocre. Tu écris tes petits articles, tranquille, mais qu’est-ce que tu laisseras à la postérité?» J’aurais pu me fâcher, d’autant plus que j’avais eu une journée dense et que j’avais couru pour faire à manger, mais la curiosité a pris le dessus. Alors je me suis assise (j’étais évidemment en train de ranger quand le Scud est tombé!) et on a parlé.

Le sens de l’existence

Mon fils m’a expliqué qu’il ne voyait pas le sens de l’existence si on n’était pas là pour changer la face de l’humanité, éradiquer la souffrance. Je lui ai répondu qu’il avait raison, mais qu’il fallait beaucoup de courage et d’ambition pour faire la révolution. Et que j’avais choisi d’agir dans mon quotidien, en préférant généralement – j’ai quelques ratés! – l’aménité à l’animosité. En «faisant avec», justement, pas contre.

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J’ai vu dans son regard une déception, il avait sans doute imaginé que j’étais une pasionaria, une insurgée. Mais je crois qu’il a fait comme moi, à Sète, lundi. Passé la surprise, il a apprécié le paysage en demi-teinte, la réalité nuancée. Et, au fil du temps, il a admis qu’il y avait aussi un certain panache à accueillir l’autre, l’altérité, sans rugir immédiatement.


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