Charivari

Et vous, que faites-vous de vos morts?

OPINION. On les brûle ou on les enterre? On les garde près de soi ou on les laisse s’échapper? On a quelques jours, ces temps, pour y penser

93%. 93% des Suisses choisissent d’être brûlés après leur décès. C’est énorme, non? Ce chiffre, c’est Alix Noble Burnand qui me l’a donné lors d’une récente interview au sujet du Toussaint’S Festival, un événement qu’elle organise à Lausanne, cette semaine. Allez-y, le programme est passionnant. Le sujet de cette deuxième édition? L’enterrement, justement. Une cérémonie qui, vu ce pourcentage inattendu, devrait plutôt s’appeler la crémation.

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Lors de cette riche conversation avec la thanatologue – la mort, c’est sa spécialité – j’ai aussi appris que ce que l’on prend pour des cendres, donc des restes du décédé consumé, sont en fait de la poudre d’os sortis intacts des flammes. Les gros os du corps, type fémur et tibia, ne brûlent pas et sont broyés pour donner à la famille une trace symbolique du disparu. Alix Noble Burnand, qui est une femme de tempérament, me glisse: «Qui réfléchit à ce qu’il se passe avec ces pseudo-cendres? Est-ce que c’est bon pour la nature, ce calcium répandu n’importe où? Et, plus sérieusement, est-ce que c’est sain pour les proches de vivre avec, sur la cheminée, l’immuable souvenir du défunt?»

Le deuil, une identité?

Parce que le mort a cet avantage sur le vivant qu’il dure éternellement. Enfin, tant qu’on pense à lui, évidemment. Certains restent plus que d’autres. Sans doute parce que, durant leur existence, ils ont plus marqué leur entourage, plus compté pour la société et leur clan. C’est le cas de mon père, par exemple. C’était un homme de bien qui œuvrait pour la justice et se souciait de son prochain. Il est mort en février 2006, mais je parle encore de lui et, surtout, avec lui, très souvent. Je lui pose des questions, il me répond, notre dialogue est fécond.

Tout le monde trouve ça un peu fêlé et charmant. Mais depuis que j’ai entendu Alix Noble Burnand, j’ai un doute. Car la thanatologue est formelle. Le deuil doit avoir une limite, une fin. Un moment arrive où le mort doit pouvoir se reposer et le vivant se libérer. Sinon, l’endeuillé se love dans la perte et fait de son statut une identité figée…

On peut les garder près de soi, non?

Bon, dans mon cas, je ne souffre pas. Je suis une rieuse et quand je parle avec mon papa, c’est, en général pour plaisanter. Pareil quand je vais sur sa tombe. Le cimetière est joli, la pierre tombale, décorée d’une chouette par ma fille, ne me tire pas vers le bas. Je me dis que si les morts servent à ça, donner une belle énergie aux vivants, on peut les garder près de soi, non? Et vous, chère lectrice, cher lecteur, que faites-vous de vos morts?


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L’instinct maternel existe, et ce n’est pas une bonne nouvelle

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