En Géorgie, des dizaines de milliers de personnes manifestent pour rejoindre l’Union européenne. En Macédoine, le drapeau bleu étoilé devient l’étendard de la liberté. Dans les Balkans occidentaux, plusieurs pays se bousculent pour rejoindre Bruxelles au plus vite. Et en Ukraine, on se bat depuis quatre mois pour défendre sa maison, son territoire, mais aussi une certaine idée du vivre-ensemble dont l’Europe est le modèle. L’Europe ne fait peut-être plus rêver les Européens, mais elle reste une promesse pour son voisinage oriental.

Le sommet européen qui s’ouvre ce jeudi à Bruxelles devrait acter le statut de candidat à l’adhésion pour l’Ukraine et la Moldavie. La Géorgie sera priée d’attendre un peu. Quant aux pays balkaniques, déjà candidats, on leur demandera de faire leurs preuves pour avancer vers l’adhésion formelle. Les obstacles sur ce chemin restent nombreux: respect de l’Etat de droit, lutte contre la corruption et réformes économiques, la Commission européenne ne transigera pas. Mais, confrontés à la guerre sur le continent, les Vingt-Sept ont une offre immédiate: accueillir tous ces Etats dans la «famille européenne».

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Nouvel acte de solidarité

Cela ne coûte rien, diront les sceptiques. Le format de cette «famille» n’est pas clair, ajouteront certains – où s’arrête l’Europe? Ce n’en est pas moins un nouvel acte de solidarité remarquable. Après l’effondrement de l’URSS, l’ouest du continent avait tendu la main – non sans hésitation – à tous ces Etats qui aspiraient à s’arrimer à un espace de prospérité, mais aussi de sécurité. L’Europe, c’était la garantie de tenir Moscou à bonne distance. L’invasion de l’Ukraine précipite une deuxième vague de ralliements dictée par la peur d’une Russie à nouveau gagnée par ses pulsions impériales.

Ces engagements européens ne sont pas sans risques. Les frustrations ne manqueront pas de part et d’autre. Mais quel pays est-européen peut-il affirmer aujourd’hui qu’il regrette d’être membre de l’Union? Et l’Europe de l’Ouest a-t-elle vraiment le choix dans le contexte géopolitique actuel? Il reste à voir quels contours cette famille européenne prendra, que ce soit par l’élargissement de l’Union, une communauté ou une confédération à inventer. Mais face au retour tragique de l’histoire, l’Europe se fait actrice plutôt que spectatrice. On ne peut que s’en féliciter.

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