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Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan chantant l’hymne nationale française à la fin d’une rencontre au Parc des Expositions à Villepinte, le 1er mai 2017.
© Joël Saget/AFP Photo

Opinion

La farce des nouveaux nationalismes

Le nationalisme des populistes comme Le Pen ou Mélenchon ressemble à celui de la France seule, la vision de Maurras en 1941, estime le professeur Pierre de Senarclens

Marine Le Pen, soutenue en cela par Mélenchon, prétend défendre une souveraineté sans partage de la France. Il ne faut pas confondre leur démagogie avec celle qui a inspiré l’ancien nationalisme. Les guerres, les défaites, la sécurité sociale et la société de consommation ont profondément modifié l’imaginaire du nationalisme en France et en Europe. Les nationalistes du passé, qu’ils aient été républicains ou non, trouvaient statut et réconfort dans l’affirmation d’une identité nationale exceptionnelle, d’une mission universelle, d’une exaltation de la puissance politique et des conquêtes impérialistes. Ces illusions n’ont guère survécu aux tragédies des guerres mondiales.

Les partis populistes invoquent aujourd’hui l’idéal de la souveraineté nationale, mais leur horizon d’espérance n’est plus la gloire et la grandeur de l’Etat, la défense d’une politique étrangère orgueilleuse, la valorisation du sacrifice et de l’héroïsme militaire au service de la nation. Ils n’invoquent plus leur nation comme la source d’un orgueil collectif ombrageux, comme l’expression d’une identité collective non négociable et sublime. Ils défendent au contraire un nationalisme de repli, reflétant leur nostalgie du passé. Ils rêvent d’une société qui aurait résisté au mouvement de l’Histoire; ils s’accrochent à l’idéal d’une économie qui n’aurait pas été altérée par les dynamiques commerciales, démographiques et technologiques. Leur nationalisme ressemble à celui de la France seule, la vision de Maurras en 1941.

Ils ont pour horizon d’espérance le rêve d’une vie meilleure, plus harmonieuse, moins vulnérable, celle que chantait jadis Charles Trenet au temps des trente glorieuses. Ils sont viscéralement attachés aux frontières de la France, un peu comme certains nationalistes l’étaient à la ligne bleue des Vosges avant 1914, avant qu’ils n’investissent la ligne Maginot dans l’entre-deux-guerres. Ils expriment une révulsion à l’égard des «maîtres de la finance» dans une rhétorique qui n’est pas sans ressemblance avec celle des années 1930. Ils se méfient de l’Europe, du marché capitaliste et du libéralisme délétère. Ils restaureraient bien l’alliance franco-russe de la Belle Epoque, pour se débarrasser de l’OTAN et des taxis UBER.

Message d’un autre âge

En commentant le coup d’Etat de Louis Napoléon, Marx écrivait que l’histoire se répète: elle s’impose en premier lieu comme une tragédie, puis se rejoue comme une farce. En renouant avec la France seule, Marine Le Pen et Mélenchon rejouent, à leur manière, des traumatismes de l’histoire de France qui ont été mal élaborés: ceux de la révolution nationale de Pétain pour la première, ceux du parti communiste, des grèves insurrectionnelles et des haines sociales pour le second.

Leur message de repli souverainiste est d’un autre âge. Cependant, il s’adresse à des Français qui sont dans l’insécurité. Parmi eux, on y retrouve bien évidemment les chômeurs. Il y a aussi les gens qui n’ont qu’un salaire insuffisant pour vivre décemment; ils sont mal-logés et trop loin de leur lieu de travail. Ils sont victimes des bouleversements structurels de la mondialisation, des changements dans les modes de production, dans les systèmes d’information et de communication. Ils sont également victimes de leurs sphères dirigeantes, celles qui, de Mitterrand à Hollande en passant par Chirac et Sarkozy, n’ont pas osé assumer leur responsabilité de gouvernement pour continuer la modernisation de la société française.

Difficile de comprendre

Ainsi, nombre de Français sont séduits par ce souverainisme, comme certains soutenaient jadis le «nationalisme intégral». Leur insécurité les éloigne du monde réel. Dans ces circonstances, Marine Le Pen et Mélenchon s’affirment comme des leaders plus ou moins charismatiques, maîtrisant le verbe et les symboles révolutionnaires. Ils ont un discours simple, dépourvu de complexité, toujours manichéen. Ils apportent aussi à leurs militants le réconfort de grandes foules chaleureuses. Ils les séduisent surtout en légitimant leur rage. Ils cultivent en effet une forme d’encanaillement et d’indécence, brisant les conventions et le savoir-vivre des tenants de l’ordre établi. Ils offrent en tous les cas des exécutoires à leur colère d’indignés en désignant des coupables: l’Union européenne, les marchés financiers et le libre-échange, ou les «élites».

Marine Le Pen s’offre aussi le droit d’offrir un récit historique iconoclaste, tout en autorisant à nouveau le mépris et la haine pour les populations différentes, par définition étrangères à la communauté nationale. Mélenchon n’est plus dans la course présidentielle, contrairement à Marine Le Pen. Il reste toutefois difficile de comprendre que tant de gens puissent encore s’illusionner sur ces prestidigitateurs narcissiques, alors que la réalisation de leur programme politique les précipiterait encore davantage dans l’insécurité, entraînant dans cette déchéance d’autres peuples européens.

Dossier
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