Opinion

Qui est fasciste?

Peut-on traiter Donald Trump de fasciste? Sûrement pas!

En ces temps de confusion, il n’est pas très étonnant d’observer un usage des mots assez anarchique. Même de la part de personnes dites cultivées. Ainsi, un ancien professeur d’université qualifie Trump de fasciste.

On peut maltraiter ce personnage plutôt grotesque. Personnellement, je lui aurais préféré, non pas Hillary Clinton, mais Bernie Sanders. Autant le répéter, je ne suis pas du tout un «partisan» de Trump. Mais le qualifier de fasciste n’a aucun sens. On abuse déjà du mot populiste. Il pourrait toutefois être accepté pour notre milliardaire. Déjà, extrême droite se discuterait.

Mais fasciste, en aucun cas. Et caricaturer exagérément est malsain. Rappelons que l’extrême droite rassemble large (comme l’extrême gauche, composée d’anarchistes, de léninistes, de trotskistes, de maoïstes, etc., etc., tout simplement des organisations plus ou moins communistes), un vaste archipel regroupant des royalistes, des néofascistes, des bonapartistes, des religieux ultra, des ultra-conservateurs, des indépendantistes régionaux, etc., etc., etc.

Qu’est-ce que le fascisme?

Il s’agit avant tout d’une idéologie, d’un parti, d’un régime, à caractère autoritaire, massif, nationaliste, socialisant, se proposant de mobiliser toute la société, avec un goût prononcé pour l’uniforme. Il n’y a eu, de manière réellement durable, qu’un pays ayant pleinement adhéré, ou plutôt inventé le fascisme: l’Italie, comme chacun sait, de 1922 à 1943. À moins qu’on assimile le fascisme au national-socialisme… Mais les partisans de Mussolini étaient eux très différents des nazis, fondamentalement racistes, impérialistes et criminels.

Le salazarisme (1926-1974) était-il fasciste? Bien peu. Il s’agissait d’une dictature ultra-conservatrice, corporatiste. Sans parti de masse exalté et conquérant.

On a souvent traité le Général Franco de fasciste. À tort. Putschiste, dictateur sanguinaire, oui. Le parti fasciste espagnol, la Phalange, de José Antonio Primo de Rivera, exécuté en 1936, était fortement présent en Espagne, mais pas réellement au pouvoir. Francisco Franco s’appuya principalement sur les forces conservatrices, réactionnaires, sur le clergé catholique, sur l’armée, mais c’est lui seul qui tenait le pouvoir, sans la tutelle d’un parti.

Les périodes fascistes en Europe

Il y a eu des partis, des périodes fascistes à l’est de l’Europe. En Roumanie, la Garde de Fer; en Hongrie, les Croix fléchées de Szálasi (1939-1945); en Croatie, les Oustachis (1941-1945). Mais ils n’ont pas eu le début d’un pouvoir durable. En Suisse, Georges Oltramare eut son heure de célébrité à Genève. De son côté, le colonel vaudois Fonjallaz adhéra à la Fédération fasciste suisse (j’ai publié son histoire critique), ce ne fut qu’un groupuscule. En Angleterre, Oswald Mosley a eu une certaine audience dans les années trente. Mais plus médiatique que politique.

En France, au temps du Front populaire, plusieurs organisations flirtèrent avec le fascisme sans réel mouvement de masse. Et pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), certains groupuscules, comme Jeune Europe, firent du bruit, avec quelques centaines de militants, peut-être quelques milliers de sympathisants. L’OAS même était composée de gens de tout bord, y compris d’anciens résistants. Le Général Raoul Salan? Factieux? Oui. Fasciste? Non.

Juan et Evita Peron

De l’Amérique du Sud avec ses innombrables putschs, que peut-on en dire? Ils étaient nombreux, tous militaires. Les seuls qu’on peut qualifier de fascistes sont les Péronistes d’Argentine, de l’époque Juan et Evita (1945-1955). Leurs successeurs, plus ou moins pourris, comme les Kirchner, n’avaient strictement rien de fasciste.

Trump n’est pas fasciste!

Oui, Trump n’est pas crédible. Trump est une girouette. Trump est inquiétant. Mais il n’a pas de troupes, que des supporters. Il est épouvantable. Un épouvantail. Mais l’utilisation du mot fasciste est incorrecte. Au passage relevons qu’il dispose de cinq fois moins de dollars pour sa campagne que Hillary Clinton, d’un staff dix fois plus maigre, que les cinq plus gros donateurs aidant Hillary. Bref. S’il gagne, ce serait une énorme surprise et non pas à cause de son statut de milliardaire.

L’élection de la présidence des USA est bien démocratique. Les gens qui donnent leurs voix à ce promoteur ne sont pas obligés de voter pour lui. Les Latinos, les Noirs, les Blancs instruits lui resteront hostiles. Même le parti républicain et surtout ses représentants ne lui sont pas favorables. Ils ne sont pas extrémistes. Ils ne sont pas fascistes, contrairement, par exemple, au Ku Klux Klan, entre autres.

On peut considérer Trump comme un ennemi. Mais il n’y aura pas d’équivalent à une «Marche sur Rome», une Nuit de cristal, une invasion de l’Ethiopie, pardon du Mexique. Pas de guerres non plus. Pas de censure de la presse. Et pas de camps de concentration: il y a déjà aux Etats-Unis plus de 2,2 millions de prisonniers. Cela suffit!

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